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Alphabet cyrillique

                 

Note : cette page contient des caractres qui ne sont pas ncessairement prsents dans les polices de caractres courantes. Si vous constatez que certains sont remplacs par des carrs, des points d'interrogation ou autres, consultez la page Unicode pour rgler facilement ce problme ().

L'alphabet cyrillique (кириллица kirllica) est un alphabet bicamral de trente-deux lettres (dans sa version russe), cr au IXe sicle par des disciples du frre Cyrille (peut tre Climent Orchrydsky), partir du grec dans sa graphie onciale ; il est notable que la valeur phontique des lettres empruntes corresponde, mutatis mutandis, celle qu'elles avaient dans le grec de l'poque. Par exemple, le Β bta (prononc [b] en grec classique mais [v] en grec mdival) est devenu le В ve russe ; il a donc fallu crer une lettre de faon obtenir un graphme pour le phonme [b], en l'occurrence une modification du ve, soit Б. Ces aspects sont traits de manire plus tendue dans l'article Histoire de l'alphabet cyrillique. Le cyrillique a remplac l'alphabet glagolitique, peut-tre invent dans la seconde moiti du IXe sicle par Cyrille, utilis pour le vieux-slave. Le glagolitique, cependant, a t utilis en Croatie jusqu' la fin du XVIIe sicle, sortant ensuite des usages pour, finalement, disparatre au XIXe sicle, remplac par le cyrillique. L'alphabet russe doit, plus ou moins directement, plusieurs de ses caractristiques innovantes par rapport au modle grec, voire certaines de ces lettres, au glagolitique.

Sommaire
1 Usages de l'alphabet cyrillique
2 Lettres
3 Graphie manuscrite et cursive
4 Fonctionnement de l'alphabet et orthographe
5 Articles connexes

Usages de l'alphabet cyrillique

Le cyrillique est principalement utilis pour crire le russe et plusieurs langues slaves (en fait, les langues slaves de peuples orthodoxes, les catholiques ayant prfr l'alphabet latin) : Il sert galement crire de nombreuses langues non slaves et non indo-europennes parles sur le territoire de la Russie, comme l'oudmourt, le khanty ou le nenets. Pour ces langues, il est souvent complt par des signes diacritiques ou des caractres spciaux, destins noter des phonmes qui n'existent pas en russe. On peut consulter ce propos Adaptations de l'alphabet cyrillique ainsi que Diacritiques de l'alphabet cyrillique.

Dans cet article, ne seront traits que les aspects de l'alphabet cyrillique servant crire le russe.

Lettres

L'alphabet cyrillique utilis pour le russe compte trente-deux lettres depuis 1917. Avant cette date, l'alphabet dit « prrvolutionnaire » en comprenait quatre de plus. Celles-ci sont repres dans le tableau par un fond color. Elles sont dcrites dans l'article Histoire de l'alphabet cyrillique.

Cette criture tant bicamrale, il existe deux variantes pour chaque lettre, capitale et minuscule. Le tableau suivant dtaille l'alphabet actuel ; il se lit comme suit :

Capitales Minuscules Nom Translitt. Valeur 1 Valeur 2
А а a a [a] a
Б б be b [b] ~ [bʲ] b
В в ve v [v] ~[vʲ] v
Г г ge g [g] ~ [gʲ] g dur
Д д de d [d] ~ [dʲ] d
Е е je e, ye [ʲɛ] y
Ж ж že ž, zh [ʒ] j
З з ze z [z] ~ [zʲ] z
И и i i [i] i
Й й i s kratkoj
и с краткой
j, y, ĭ [j] y
І і i s točkoj

и с точкой

[i] i
К к ka k [k] ~ [kʲ] k
Л л el l [ɫ] ~ [ʎ] l
М м em m [m] ~ [mʲ] m
Н н en n [n] ~ [nʲ] n
О о o o [o] o
П п pe p [p] ~ [pʲ] p
Р р er r [r] ~ [rʲ] r roul
С с es s [s] ~ [sʲ] s dur
Т т te t [t] ~ [tʲ] t
У у u u [u] ou
Ф ф ef f [f] ~ [fʲ] f
Х х ha h, kh [x] ~ [xʲ] kh arabe, jota
Ц ц ce c, ts͡ [ʦ] ts
Ч ч če č, ch [ʧʲ] tch
Ш ш ša š, sh [ʃ] ch
Щ щ šča ŝ, šč, shch [ʃʲʧʲ] chtch
Ъ ъ tvjordyj znak
твёрдый знак
”, " - [palat.] muet
Ы ы y

(jery, еры)

y [ɨ] i tendu
Ь ь mjahkij znak
мягкий знак
’, ' + [palat.] y
Ѣ ѣ yat’

ять

ě [ʲɛ] y
Э э oborotnoje
э оборотное
, ė, e [ɛ]
Ю ю ju , yu, iu, iu͡ [ʲu] you
Я я ja , ya, ia, ia͡ [ʲa] ya
Ѳ ѳ f̀ita
Ѳита
f̀, ḟ [f] ~ [fʲ] f
Ѵ ѵ ižica

ижица

ỳ, ẏ [i] i

Graphie manuscrite et cursive

La graphie manuscrite cursive des lettres cyrilliques diffre autant de la graphie imprime que le font nos lettres latines. De plus, dans certaines ditions l'italique imprime minuscule suit le trac des lettres cursives (ce qui, typographiquement, montre la diffrence entre des obliques et des italiques). Certaines cursives ne sont cependant pas identiques selon qu'elles sont manuscrites ou imprimes (ces lettres sont repres par la couleur bleue) :
Lgende
Range 1 : caractres d'imprimerie en romaine ; range 2 : caractres d'imprimerie en italique ; range 3 : caractres manuscrits cursifs.

Enfin, en serbe et en macdonien, les italiques cursives des minuscules бгдпт ont encore un autre œil, parfois plus proche encore de la graphie manuscrite :

Note : dans ces langues, la lettre д en minuscule romaine se trace δ.

Fonctionnement de l'alphabet et orthographe

Un alphabet au consonnes facilement lisibles

La notation du russe au moyen du cyrillique est relativement claire et facilite par la basse frquence de mots prononcs autrement qu'ils sont crits, si du moins l'on ne regarde que les consonnes. Bien qu'il existe de nombreux archasmes dans la prononciation (les consonnes finales, par exemple, sont toutes dvoises mais l'orthographe ne l'indique pas, non plus que les autres assimilation comme le dvoisement des consonnes les unes au contact des autres), l'
orthographe du russe n'a rien de comparable avec celles, trs complexes et peu rgulires, de langues comme l'anglais ou le franais. L'histoire de l'alphabet cyrilique, pourtant, est aussi longue que celle des lettres latines telles qu'utilises pour noter les langues modernes. Pourtant, la notation du russe a, au cours du temps, t simplifie, de sorte que sa lecture et son orthographe soient aises un locuteur moyen. Consulter Histoire de l'alphabet cyrillique pour plus de dtails.

Des voyelles ambigus

Malgr une efficacit avre de la notation des consonnes, la lecture directe d'un texte n'est cependant pas possible : le lecteur doit connatre pour chaque mot de plus de deux syllabes la place de l'accent tonique afin d'interprter correctement les voyelles : celles-ci, en effet, connaissent une apophonie par atonie comparable celle du portugais, du catalan ou de l'occitan et autres langues, parmi lesquelles encore les langues germaniques : les voyelles atones tendent tre neutralises et perdent leur timbre initial. L'alphabet cyrillique, cependant, hormis dans les ouvrages didactiques, ne note pas la place de cet accent. titre d'illustration, prenons le mot хорошо ; selon la place de l'accent, il sera ralis : Note : l'imitation de la marche suivie dans les ouvrages didactiques, les voyelles accentues seront dans cet article marqu d'un accent aigu.

Seul le premier signifiant renvoie au signifi de « bon ». Ces mcanismes sont traits en dtail dans Apophonie accentuelle en russe et Prononciation du russe.

Notation de la palatalisation

L'on traite ici de phonologie du russe pour expliquer certains mcanismes orthographiques. Le dtail des explications se trouve cependant dans l'article consacr ce sujet.

criture syllabique

Une des caractristiques principales des langues slaves, savoir la
palatalisation des consonnes (rparties entre consonnes « dures » non palatalises, et « mouilles »), est note dans cet alphabet d'une manire originale. Dans la majorit des cas, c'est la voyelle suivant une consonne qui indique la prsence ou non de la palatalisation et il n'existe pas de signe notant le yod (phonme [j] de yaourt) dans toutes les positions. La lecture est donc relativement syllabique : il faut, pour lire la consonne, lire aussi la voyelle suivante. On retrouve ce procd avec certaines lettres de l'alphabet latin utilis en franais, comme c ou g dont la ralisation (rsultant d'ailleurs d'une ancienne palatalisation dans les langues romanes) devant des voyelles d'avant vaut [s] et [ʒ] au lieu de [k] et [g]. Seule la valeur de la voyelle suivante (ou l'absence de voyelle, du reste) permet de lire la consonne. En russe, le mcanisme est utilis pour presque toutes les consonnes.

Timbre /a/ /e/ /o/ /u/ /i/
Dur а [a]

э [ɛ] о [ɔ] у [u] ы [ɨ]
Mou я [ʲa] е [ʲɛ] ё [ʲɔ] ю [ʲu] и [i]
Chaque timbre vocalique fondamental peut-tre crit de deux faons (tableau ci-contre). Chacune indique si la consonne prcdente est dure (devant voyelle dure) ou mouille (devant voyelle molle). Si aucune consonne crite ne prcde dans la syllabe (en dbut de mot ou aprs une autre voyelle : Плеяды Pledy « Pliades »), il faut suppler un yod devant la voyelle molle (sauf pour /i/ mou, qui ne conserve un yod l'initiale que dans les drivs du pronom de 3e personne, soient нм [ʲim], нх [ʲix] et ими ['ʲimi]), rien devant la dure. Le phonme /i/ est notable : les deux variantes constituent deux allophones raliss /i/ aprs consonne mouille, /ɨ/ aprs dure. Les autres voyelles subissent un changement de timbre conditionn analogue bien que, de loin, moins important. De plus, les voyelles molles se divisent en deux catgories : les molles proprement parl (е et и, qui sont naturellement palatales) et les « yodises », c'est--dire des voyelles non palatales tant le rsultat d'une palatalisation secondaire (я, variante mouille de а, et ю, celle de у).

Contrairement aux apparences, ё /ʲo/ n'est pas la variante molle de /o/. Il s'agit du rsultat de la vlarisation de /ʲe/ tonique devant une ancienne consonne dure. L'orthographe ne note gnralement pas cette modification secondaire : Горбачёв Gorbačv [gɐrbɐ'ʧʲɔf] est le plus souvent crit Горбачев. Le trma, cependant, est utilis pour lever des ambiguts, comme dans la paire все [fsʲɛ] « tout » (pluriel) ~ всё [fsʲɔ] (neutre singulier). Pour tre prononc ainsi, un е doit de toute manire tre tonique.

Cette notation ne doit pas laisser croire qu'il existe dix voyelles en russe ; en fait, la langue ne possde que six timbres [a, ɛ, i, ɔ, u, ɨ], (sachant que le sixme, [ɨ], est secondaire et provient d'une centralisation de /i/ devant consonne dure). C'est l'criture de ces voyelles qui est double et complexe. Dans certains cas, la variante molle indique la prsence d'une consonne palatalise prcdente voire, quand la voyelle est en dbut de mot, celle d'une consonne [j]. Dans d'autres, elle n'a qu'un rle orthographique, principalement quand la consonne qui prcde n'existe pas sous les des deux variantes, molle ou mouille. Les consonnes viennent donc par paire d'allophones : dure ~ molle, sauf ш š, ж ž, et ц c, qui sont toujours dures ; щ ŝ et ч č, qui sont toujours molles (mais pas mouilles). L'alphabet ne l'crit cependant pas au moyen d'un signe de mouillure externe (sauf dans quelques cas recqurant l'emploi du jer ь, dont l'emploi est dcrit ci-aprs) mais l'indique par la graphie voulue de la voyelle suivante : [t] est not par т devant voyelle dure (та, тэ, ты, то, ту), [tʲ] par la mme lettre devant voyelle molle (тя, те, ти, тё, тю).

Utilisation des jer

Quand aucune voyelle ne suit une consonne mouille, on crit un « signe mou » ь aprs elle : ть [tʲ], si la consonne est dure, un « signe dur » ъ : тъ [t], sauf en fin de mot o tous les signes durs ont t limins depuis la rforme de 1917. Ces deux signes, anciennement des voyelles (en vieux slave et, encore, en bulgare), sont nomms jer. On note que la voyelle ы y est constitue de l'union des deux jers, lesquels, la diffrence de ы, ne pouvant pas tre employs l'initiale d'un mot, ne possdent pas de majuscule ; dans un texte en capitales au long, cependant, on crira bien Ь et Ъ : ШЕСТЬ šest’ [ʃɛstʲ] « six », СЪЕЗД s”ezd [sɛst] « congrs ».

Le pass vocalique de ces deux signes (ь ǐ valait [ĩ], ъ ǔ [ŭ]) est dcelable dans des mots o leur utilisation semble superflue, surtout pour ь. Leur limination en tant que phonmes vocaliques est ancienne et s'est manifeste par un amussement (principalement quand ces deux voyelles taient faibles, c'est--dire atones ou aprs un jer en position forte dans la syllabe prcdente) ; l'ancienne voyelle molle ь, cependant, a laiss une trace en mouillant, si possible, la consonne prcdente : возьму́ voz’mu. L'amussement est de rgle en fin de mots : щипа́ть ŝiptǐ > ŝipat’ « pincer ». De fait, la lettre ь est devenue un signe auxiliaire sans valeur phontique propre. Le jer dur ъ, quant lui, n'a, en fin de mot, laiss aucune trace dcelable outre le caractre non mou (donc dur) de la consonne prcdente. Encore utilis comme signe auxiliaire avant 1917, son usage a t oblitr par celui d'une nouvelle rgle orthographique prvoyant que toute consonne finale non suivie d'une voyelle est dure. Il est donc devenu inutile dans cette position : домъ domǔ > домъ dom” > дом dom « maison ». l'intrieur d'un mot, cependant, il continue noter le caractre dur de la consonne qui le prcde : объя́ть ob”t’ « embrasser ».

D'autre part, ces deux voyelles en position forte (tonique ou dans la syllabe prcdent un jer en position faible) ont pu se vocaliser en е pour la molle, о pour la dure :

Enfin, le jer mou peut remplacer un ancien [ĩ] devant voyelle yodise ; il se prononce alors [j] aprs la consonne molle : судья́ sud’ [su'dʲja] « juge », пью p’ [pʲju] « je bois ».

Incompatibilits

On l'a dit, ш š, ж ž, et ц c sont toujours dures ; щ ŝ et ч č toujours molles. Les raisons en sont que ces consonnes sont dj le rsultat d'une palatalisation : le yod non crit s'est ml une premire consonne pour donner l'une des cinq consonnes en question. Ainsi, il n'existe pas de щ ŝ dur ou de ž mouill.

Puisque ces consonnes n'ont qu'un seul allophone, la notation au moyen des deux sries de voyelles est superflue. Elle obit en effet des rgles dpendant de la grammaire, qui prcisent quelle graphie utiliser pour un mme phonme vocalique (voire pour l'absence de voyelle qui peut, en fin de mot, tre note par un signe doux ь muet). Il existe une incompatibilit remarquable entre les voyelles yodises (dont la mouillure est moins stable que celle des autres voyelles molles) я et ю et les chuintantes ш š, ж ž, ч č et щ ŝ. Pour chaque consonne concerne, il existe deux graphies ambigus : devant /o/ (on peut crire le phonme au moyen de о ou ё), en fin de mot (consonne seule ou avec signe doux ь) :
Syllabe ʃa ʃɛ ʃɨ ʃɔ ʃu ʃ# ʒa ʒɛ ʒɨ ʒɔ ʒu ʒ#
Graphie 1 ша шо шу ш жа жо жу ж
Graphie 2 ше ши шё шь же жи жё жь
 
Syllabe ʧʲa ʧʲɛ ʧʲi ʧʲɔ ʧʲu ʧʲ# ʃʲʧʲa ʃʲʧʲɛ ʃʲʧʲi ʃʲʧʲɔ ʃʲʧʲu ʃʲʧʲ#
Graphie 1 ча чо чу ч ща що щу щ
Graphie 2 че чи чё чь ще щи щё щь

La consonne ц c quant elle n'est suivie que par des voyelles dures (et jamais par le signe doux ь) sauf pour /e/, crit е et non э. Il existe aussi quelques graphies tymologiques avec un и au lieu de ы ; on prononce cependant bien [ɨ] : цифра ['ʦɨfrǝ]. Le tableau ci-dessous rcapitule les orthographes possibles :
Syllabe ʦа ʦɛ ʦɨ ʦɔ ʦu ʦ#
Graphie 1 цa цы цо цу ц
Graphie 2 це (ци)
Lgende :
L'ensemble « [x]# » se lit « le phomne [x] en fin de mot ».

Il faut noter que la notation de i aprs ш, ж et ц est complexe : on emploie и aprs les deux premires mais ы aprs la troisime. Dans tous les cas, ces consonnes tant dures, le phonme est ralis [ɨ]. Toujours pour des raisons lies la palatalisation, les incompatibilits suivantes sont notables :

Articles connexes