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Gotique

  

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Le gotique (cette orthographe est utilisée, en français exclusivement, par opposition à  gothique afin d'éviter les confusions) est une langue germanique aujourd'hui éteinte, celle des Goths et, plus particulièrement, des Wisigoths. Le gotique est donc une langue indo-européenne. C'est la plus ancienne des langues germaniques attestées mais elle n'a donné naissance à  aucune langue germanique actuelle ; les documents les plus anciens datent du IVe siècle de notre ère ; il aurait été parlé jusqu'au VIIIe siècle, bien que certains termes semblant appartenir au gotique aient été retrouvés dans des manuscrits de Crimée ; il est cependant possible que ceux-ci ne correspondent pas exactement à  la même langue. Le caractère archaà¯que du gotique en fait l'intérêt principal en linguistique comparée.

Pour des raisons de lisibilité, la partie concernant la phonologie du gotique constitue un article séparé.

Sommaire
1 Attestations
2 Alphabet
3 Système phonologique et phonétique
4 Morphologie
5 Liens

Attestations

Le gotique est attesté par un petit nombre de documents, qui ne permettent pas de le restituer avec une grande précision : En sorte, quand on parle de gotique, il s'agit la plupart du temps de celui de Wulfila.

Alphabet

Lettres

Le gotique de Wulfila, de la Skeireins et de divers manuscrits est écrit au moyen d'un alphabet original inventé vraisemblablement par Wulfila lui-même, que l'on nomme « alphabet gothique Â». Il n'a rien à  voir avec ce qu'on appelle communémment les « lettres gothiques Â», qui sont, elles, des lettres de l'alphabet latin telle qu'écrites en Occident dans les manuscrits du XIIe au XIVe siècles, devenues plus tard ce que l'on désigne en Allemagne sous le terme de Fraktur.

L'alphabet gotique est principalement une adaptation de l'alphabet grec dans sa graphie onciale, assorti de trois caractères de l'onciale latine ainsi que cinq empruntés aux runes germaniques. Chaque lettre possède une valeur numérale (consulter l'article Numération grecque à  ce propos) et deux d'entre elles n'ont pas d'autre fonction. On le translittère dans les ouvrages scientifiques et didactiques au moyen de l'alphabet latin augmenté de deux signes, parmi lesquels la ligature, ƕ (h+v) et la lettre thorn, à¾, empruntée au vieil anglais ; la notation de Wulfila étant souvent ambiguà« (un même digramme ai pouvant, par exemple, noter [ai], [ɛ] ou [ɛ̄]), la transcription a recours à  des diacritiques pour lever les difficultés de lecture.

Légende
Les lignes sont dans l'ordre suivant : gotique, translitt(ération), val(eur) num(érale) et étymon. Cette dernière ligne donne la lettre grecque (dans sa graphie onciale) vraisemblablement à  l'origine de la lettre gotique. Celles qui sont héritées des runes germaniques sont en violet, celles qui sont empruntées au latin en bleu. Les étymons proposés ne sont que des conjectures : en effet, plusieurs possibililtés existent quant à  l'origine de certaines lettres, comme r, qui pourrait aussi provenir des runes, d'autant plus que ces mêmes runes sont en partie bà¢ties sur l'alphabet latin. Enfin, les signes pour 6 (q), 90 et 900 sont bien issus du grec : ce sont les avatars de lettres archaà¯ques ; pour plus de détails, consuter l'article Numération grecque.

Autres signes

L'alphabet gotique est unicaméral (il ne fait pas la différence entre capitales et minuscules) et s'écrit en scriptio continua, c'est-à -dire que tous les mots sont attachés, sans espace entre eux.

On place dans les manuscrits un tréma sur le i quand la lettre est à  l'initiale du mot, à  l'initiale d'une syllabe après voyelle (pour la distinguer d'une diphtongue, vraie ou fausse et indiquer que le i n'appartient pas à  la syllabe précédente) : à¯k (« je Â», cf. allemand ich), gaà¯ddja (ga-iddja ; « je suis passé Â», prétérit de ga-gaggan).

La ligne suscrite indique des abréviations : gà¾Ì… représente guྠ(« Dieu Â», cf. anglais God).

Quant aux ponctuations, les manuscrits utilisent le point médian « Â· Â» et le deux-points « : Â» comme indicateurs de pauses. Parfois, l'espace joue ce rà´le. Lorsque les lettres sont utilisées comme symboles numéraux, elles sont entourées de points médians ou bien surlignées et/ou soulignées.

L'alphabet gotique est maintenant inclus dans le plan multilingue supplémentaire d'Unicode, des emplacements U+10330 à  U+1034F.

D'autre part, quelques inscriptions seraient rédigées au moyen des runes germaniques.

Exemple de texte en gotique

Le texte suivant est codé directement ; il est possible qu'il soit illisible car il nécessite que le système accepte les caractères Unicode du plan multilingue supplémentaire et qu'une police possédant les caractères gotiques soit installée (pour plus de détails, consulter le site d'Alan Wood).

Il s'agit des versets 1 et 2 du chapitre 18 de l'Évangile selon Jean.

̸̰̰̈́ ̵̸̹̰̳̽̓ ̴̹̓̿̓ ̹̳̳̰̿̓̾ ̸̼̹ ̹͉̰̼̓̀̽̾ ̴̹̰̹̼̓̽ ̰̿͆͂ ̹͉͂̽̽̽ ̸͉ ̺̰̹̳͉͂̽ ̸̴̰̹͂ ̰̓ͅ ̰̹̲̰̳̿͂̈́͂̓ ̹̽ ̸̴̰̹̽ ̸̲̰̻̰̹ ̴̹̓̿̓ ̷̰̾ ̹͉͉̓̀̽̾̓ ̹̓ ̷̹̓̓̿ͅ ̸̰̽ ̷̰̾ ̹̳̰̿̓ ̰̓ ̴̲̰̻̰̳̾̽̓ͅ ̹̰̽ ̸̰̰̽ ̰̳̓̈́ ̸̴̰̹̈́ ̰̿͆̈́ ̲̰̹̳̳̰̾ ̴̹̓̿̓ ̰̹̰̾̽͂ ̸̼̹ ̹͉̰̓̀̽̾̽ ̴̹̰̹̼̓̽

1 àžata qià¾ands Iesus usiddja miྠsiponjam seinaim ufar rinnon à¾o Kaidron, à¾arei was aurtigards, in à¾anei galaiྠIesus jah siponjos is 2 wissuh à¾an jah Iudas sa galewjands ina à¾ana stad, à¾atei ufta gaà¯ddja Iesus jainar miྠsiponjam seinaim.

« Quand Jésus eut dit cela, il sortit avec ses disciples sur les bords du Kédron, là  o๠il y avait un jardin dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le trahissait, connaissait ce lieu parce que Jésus et ses disciples s'y réunissaient souvent. Â»

Voir le texte en image

Système phonologique et phonétique

Article complet : Gotique (phonologie)

Le gotique a connu la première mutation consonantique du germanique commun (ou loi de Grimm) ainsi que la loi de Verner ; il est trop ancien pour avoir subi la seconde mutation consonantique, propre au vieil haut allemand.

L'on peut déterminer avec plus ou moins de précision la façon dont les mots gotiques de Wulfila se prononçaient grà¢ce à  la phonétique comparée, principalement. De plus, Wulfila ayant cherché à  suivre le plus possible le texte grec qu'il a traduit, on sait qu'il a utilisé pour son alphabet des conventions identiques à  celles du grec de cette époque, ce qui permet par recoupement d'en deviner la prononciation, vu que celle du grec nous est très bien connue.

Suite

Morphologie

Système nominal

Le caractère archaà¯que du gotique lui a permis de conserver des traits propres aux langues indo-européennes que n'ont plus forcément les langues germaniques modernes, comme une
flexion nominale bien plus riche en cas ; l'on retrouve en gotique le nominatif, l'accusatif, le génitif et le datif (ainsi que certaines traces d'un vocatif souvent identique au nominatif, parfois à  l'accusatif). à€ titre de comparaison, des langues germaniques, seul l'islandais possède encore tous ces cas. Les trois genress IE sont représentés, dont le neutre (comme en allemand, norvégien et islandais et, d'une certaine manière, comme en néerlandais, danois et suédois, qui opposent le neutre au « genre commun Â» (genus commune), c'est-à -dire une synthèse du masculin et du féminin). Les noms et adjectifs sont fléchis selon deux nombress : singulier et pluriel.

L'une des caractéristiques les plus frappantes de cette famille de langues est l'opposition entre les flexions nominales faibles (en simplifiant : à  terminaison consonantique [n] du radical) et fortes (en simplifiant : à  terminaison vocalique du radical et avec mélange de désinences propres aux pronoms), opposition particulièrement prégnante en gotique. Alors que pour un nom donné, une seule flexion est possible (selon la finale du radical) certains adjectifs peuvent suivre l'une ou l'autre flexion, en fonction de leur valeur : un adjectif employé de manière déterminée et accompagné d'une forme pronominale déictique, comme le pronom démonstratif sa, à¾ata, so jouant le rà´le d'un article défini, est décliné au faible ; on décline au fort les adjectifs indéterminés. Ce processus se rencontre encore en allemand, par exemple, o๠l'on dit que sans article défini, l'adjectif en porte les marques flexionnelles :

En gotique, les adjectifs qualificatifs (aussi au superlatif en -ist et -ost) et le participe passé peuvent suivre les deux flexions ; ne suivent que la faible certains pronoms comme sama (« identique Â», cf. anglais same), certains adjectifs, comme unƕeila (« incessant Â» ; pour le radical ƕeila, « temps Â», cf. anglais while, « pendant que Â»), les adjectifs au comparatif, les participes présents, etc. Ne suivent que la forte à¡ins (« uns Â»), les adjectifs possessifs, les indéfinis, etc.

L'on se contentera de donner quelques exemples des déclinaisons nominales et adjectivales opposant les flexions fortes et faibles :
Cas Flexion faible Flexion forte
Singulier Nom Adjectif Nom Adjectif
radical M. N. F. radical M. N. F.
Nom. guma blind- -a -o -o dags blind- -s -ภ-a
Acc. guman -an -o -on dag -ana -ภ-a
Gén. gumins -ins -ons dagis -is -à¡izos
Dat. gumin -in -on daga -amma à¡i
Pluriel    
Nom. gumans blind- -ans -ona -ons dagos blind- -à¡i -a -os
Acc. gumans -ans -ona -ons dagans -ans -a -os
Gén. gumane -ane -ono dage -à¡ize -à¡izo
Dat. gumam -am -om dagam -à¡im
Guma, masculin, thème faible en -an, « homme Â» ; dags, masculin, thème fort en -a, « jour Â» ; blind, « aveugle Â».

Ce tableau, bien entendu, ne fournit pas des paradigmes complets (il existe en effet des désinences secondaires, surtout au neutre singulier fort, des irrégularités, etc). Une version exhaustive des types de flexion se présenterait ainsi pour les noms (les flexions sont traitées de manière exhaustive dans un article séparé) :

Le système de l'adjectif suit de très près celui du nom : les types de flexions s'y retrouvent.

Système pronominal

Le gotique possède un jeu complet de pronoms, personnels (ainsi qu'un réflexif unique pour les trois personnes), possessifs, démonstratifs (simples et composés), relatifs, interrogatifs et indéfinis. Ceux-ci suivent une série de flexions particulières (que la flexion nominale forte a reprise en partie), à  l'instar des autres langues indo-européennes. Le trait le plus marquant est sans doute la conservation du duel, nombre concernant deux personnes ou choses, tandis que le pluriel concerne ce qui dépasse la paire. Ainsi, « nous deux Â» et « nous (plus de deux) Â» se disent respectivement wit et weis. Alors que le duel était utilisé en indo-européen pour toutes les catégories capables d'exprimer le nombre (il se retrouve ainsi en grec et en sanskrit, par exemple), il est remarquable que le gotique ne l'ait conservé que pour les pronoms.

Le pronom démonstratif simple sa (neutre :à¾ata, féminin : so, de même origine que l'article grec ὁ, τό, ἡ, c'est-à -dire *so, *seh2, tod ; pour ce dernier, cf. aussi latin istud), est utilisé comme article et permet la construction de syntagmes nominaux du type article défini + adjectif faible + nom.

Autre trait notable, les pronoms interrogatifs débutent tous par ƕ-, qui continue le phonème indo-européen *kw et se trouve effectivement au commencement de tels pronoms dans la langue-mère ; c'est ainsi qu'en anglais ces termes débutent généralement par wh-, qui peut, comme en gotique, noter [ʍ], en allemand par w- [v], en suédois v-, etc. L'on trouve en latin qu-, en grec τ ou π (l'évolution de *kw y étant particulière), sanskrit k-, etc.

Le détail de la flexion pronominale fait l'objet d'un article séparé.

Système verbal

La grande majorité des verbes gotiques suit la conjugaison indo-européenne dite « thématique Â», parce qu'elle intercale une voyelle alternante *e/o entre le radical et les désinences. Le latin et le grec font de même : L'autre conjugaison, dite « athématique Â», o๠un autre jeu de désinences est directement ajouté au radical, ne subsiste qu'à  l'état de vestige, comme en latin ou en grec. Le paradigme le plus important est celui du verbe « être Â», qui est aussi athématique en latin, grec, sanskrit, etc.

D'autre part, les verbes sont aussi séparés en deux grands groupes, les verbes faibles et les verbes forts. Les faibles se caractérisent par un prétérit formé par l'adjonction d'un suffixe en dentale -da / -ta, comme au participe passé , -ྠ/ -t, tandis que les forts utilisent pour le prétérit un jeu d'alternances vocaliques (modification de la voyelle du radical) et / ou de redoublement de la première consonne du radical (comme en grec et en sanskrit pour le parfait) sans suffixe particulier. Cette dichotomie se retrouve en allemand, anglais, islandais, entre autres langues germaniques :

La flexion verbale possède deux diathèses (ou « voix Â»), l'actif et le passif (dérivé d'un ancien moyen), trois nombres, singulier, duel (sauf à  la troisième personne) et pluriel, deux temps, présent et prétérit (un ancien parfait), trois modes personnels, indicatif, subjonctif (un ancien optatif) et impératif, ainsi que trois séries de formes nominales du verbe, un infinitif présent ainsi qu'un participe présent actif et passé passif. Tous les temps et toutes les personnes ne sont pas représentés à  tous les modes et toutes les voix, la conjugaison utilisant pour certaines formes un système de supplétion.

Enfin, l'existence de verbes dit « prétérito-présents Â» est notable : il s'agit d'anciens parfaits indo-européens qui ont été réinterprétés comme des présents. Ainsi wà¡it, de l'indo-européen *woid-h2e (verbe « voir Â» au parfait), trouve son répondant exact en sanskrit véda et en grec Ϝοἶδα, qui signifient tous étymologiquement « j'ai vu Â» (sens parfait) donc « je sais Â» (sens prétérito-présent). Le cas est similaire en latin avec nōuÄ« : « j'ai su Â» donc « je sais Â». Parmi les verbes prétérito-présents, l'on compte aussi à¡ihan (« posséder Â»), kunnan (« connaître Â», cf. allemand kennen), etc.

Liens

Liens internes

Liens externes