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Habib Bourguiba

Habib Bourguiba (1903-2000) fut le leader de la lutte pour l'indépendance (1932-1956), puis le fondateur de la Tunisie moderne en tant que premier Président de la République (1957-1987).

Né à  Monastir officiellement le 3 aoà»t 1903 (année contestée par certains biographes), Habib Bourguiba effectue ses études de droit en France après avoir obtenu son baccalauréat en 1924 au lycée Carnot de Tunis. En 1927, après avoir obtenu sa licence en droit et épousé une Française (Mathilde), il rentre à  Tunis pour exercer le métier d'avocat, parallèlement à  d'autres activités, notamment l'écriture dans des journaux nationalistes tunisiens et l'adhésion au parti Destourien, qui milite en faveur de l'indépendance.

Habib Bourguiba, leader de la lutte pour l'indépendance

En 1932, il fonde avec d'autres le journal L'Action Tunisienne, qui prà´ne la laà¯cité. Cette position originale au sein du Destour conduisit deux ans plus tard à  sa scission en deux branches, l'une islamisante qui conserva le nom Destour, et l'autre moderniste, le Néo-Destour. Ce nouveau parti fut dirigé par un bureau composé du Dr Mahmoud Materi (président), de M. Habib Bourguiba (secrétaire général), et de MM. Tahar Sfar, Bahri Guiga et M'hammed Bourguiba (membres).

Au milieu des années trente, la répression coloniale se fait plus violente et Habib Bourguiba est éloigné avec d'autres militants dans le Sud tunisien o๠il est assigné à  résidence. En 1936, l'accession au pouvoir du Front Populaire permet la libération des leaders indépendantistes. Ce répit ne dura pas et en 1938, Habib Bourguiba est emprisonné en France pour conspiration contre la sà»reté de l'État.

En 1940, le régime de Vichy le livra à  l'Italie à  la demande de Mussolini, qui espérait l'utiliser pour affaiblir la résistance française en Afrique du Nord. Cependant Bourguiba ne voulut pas cautionner des régimes fascistes et lança le 8 aoà»t 1942 un appel pour le soutien aux troupes alliées, position qui lui valut d'être aussità´t arrêté par les naziss, mais qui allait être à  l'origine de sa remise en liberté en avril 1944.

Après avoir visité de nombreux pays pour gagner des soutiens à  la lutte tunisienne, Bourguiba rentre au pays pour y poursuivre la lutte. Il mena avec le leader Salah Ben Youssef des négociations avec le gouvernement français, dont l'échec provoqua en janvier 1952 le début de la révolution armée et un durcissement des positions de chaque camp.

Cette situation difficile fut apaisée par les réformes de Pierre Mendès-France un peu plus d'un mois après son accession au pouvoir en juin 1954. En effet, le 31 juillet 1954, il annonce unilatéralement la reconnaissance de l'autonomie interne de la Tunisie, et la formation d'un gouvernement intérimaire, auquel participèrent trois membres du Néo-Destour. Le traité de l'autonomie interne fut signé le 3 juin 1955 malgré l'opposition de Salah Ben Youssef pour qui ces accords constituaient un pas en arrière. En effet, contrairement à  Bourguiba qui prà´ne une indépendance obtenue pacifiquement, « à  travers des étapes, avec l'aide de la France et sous son égide Â», Salah Ben Youssef soutient le panarabisme et souhaite l'indépendance totale et immédiate. Le différend entre les deux leaders du Neo-Destour finit par être tranché en faveur de Bourguiba quelques mois plus tard, évitant ainsi au pays le bain de sang que promettait une guerre frontale avec la France.

Le 20 mars 1956, la France finit par concéder à  la Tunisie l'indépendance totale (à  l'exception du port stratégique de Bizerte) et moins d'un mois plus tard fut élue l'Assemblée Nationale Constituante, dont Habib Bourguiba fut le premier président. Après avoir été président du Conseil, il proclame la République le 25 juillet 1957, dont il devient président le 8 novembre 1957.

Habib Bourguiba, fondateur de la Tunisie moderne

Les réformes se succèdent alors pour mettre en place un État moderne, parachever la souveraineté nationale et moderniser la société, à  travers la propagation de l'enseignement et la promulgation du Code du statut personnel. Bien que l'Islam reste la religion d'État (le président de la République doit par exemple être de religion musulmane), le pouvoir des chefs religieux fut grandement réduit. Les femmes accèdent à  un statut inou௠dans le monde arabe, dépassant même celui des Françaises dans certains domaines. La polygamie est interdite, le divorce autorisé et l'avortement légalisé. Le pays fut divisé en 14 gouvernorats, dotés d'une administration moderne.

Habib Bourguiba s'est également distingué de ses homologues en politique étrangère : vingt ans avant le président égyptien Anouar el-Sadate, il préconise la normalisation des rapports avec Israà«l et propose à  l'ONU la création d'une fédération entre les États arabes de la région et l'État hébreu. En 1978 cependant, Habib Bourguiba condamne les accords de paix de camp David sous la pression de ses partenaires, ce qui, en contrepartie, vaudra à  la Tunisie d'accueillir le siège de la Ligue arabe, puis celui de l'OLP.

Au milieu des années 1980, la Tunisie connut une crise politique et sociale étouffante, avec le développement du clientélisme et de la corruption, la paralysie de l'État devant la dégradation de la santé de Bourguiba et les luttes de succession, et le durcissement du régime. Cette situation favorisa la montée de l'islamisme, ce qui mena le pays au bord de la guerre civile, avec des émeutes de plus en plus vives. Commencé dans une atmopshère de libéralisme et de laà¯cisation de la société tunisienne, le long règne de Bourguiba s'achève ainsi dans une atmosphère de crépuscule alimentée par une une grave crise économique et une véritable paranoà¯a du chef de l'État, engagé dans une lutte sans merci contre la montée de l'islamisme menée par le général Ben Ali.

En 1987, Zine el-Abidine Ben Ali, nommé Premier ministre, déposa le président Bourguiba pour sénilité, et prit en main les destinées du pays à  l'issue d'un « coup d'État médical Â», unique dans les annales du monde arabe. Élu président de la République en 1989, il poursuivit la politique de Bourguiba dont il se positionna comme le fils spirituel, comblant ainsi les voeux de Bourguiba qui désirait « gouverner après sa mort Â».

Afin d'éviter sa récupération par des opposants au régime, Habib Bourguiba fut assigné à  résidence à  Monastir, sa ville natale, dans une résidence confortable avec le soutien d'une équipe médicale. Habib Bourguiba se disait lui-même « bien traité Â» par le nouveau pouvoir. Souffrant de troubles de l'élocution et de l'attention depuis plusieurs années, le « combattant suprême Â» connut de graves problèmes de santé à  la fin des années 1990, qui menèrent à  son hospitalisation d'urgence le 5 mars 2000. Rentré chez lui 8 jours plus tard, il y décédera le 6 avril 2000 à  l'à¢ge de 97 ans environ, et fut inhumé avec les honneurs dans le mausolée familial qu'il s'était fait construire dans sa ville natale de Monastir.

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