IIe concile Å“cuménique du Vatican
Le IIe concile Å“cuménique du Vatican plus fréquemment appelé concile Vatican II (appellation française abrégée promue par l'Église elle-même) voire Vatican II, est un acte politique tendant à replacer l'Église catholique dans le concert des christianismes occidentaux.
Ses actes publiés sont le reflet des décisions du concile prises lors de l'assemblée d'évêques et de théologiens, ouverte par le pape Jean XXIII le 11 octobre 1962, dans la basilique Saint-Pierre de Rome. C'est l'un des événements récents les plus importants de l'Église catholique. Il représente une parenthèse d'espoir dans la vie de l'Église catholique apostolique et romaine puisqu'il avait pour but de résoudre la crise moderniste.
On peut fixer la parenthèse ouvrante à l'année 1961. On commença d'omettre d'exiger de tout prêtre au moment de l'ordination de signer le serment anti-moderniste (motu proprio Sacrorum Antistitum du 8 septembre 1910)
On peut fixer la parenthèse fermante à l'année 1998 qui par le Motu proprio Ad Tuendam Fidem (18 mai 1998) réinstaure trois niveaux de serments d'un contenu voisin à quiconque (laà¯c ou clerc) ayant une fonction d'enseignement dans la sphère de l'Église catholique romaine. On remarquera un certain durcissement : le serment anti-moderniste ne s'adressait qu'aux clercs. L'obligation de serment imposée aux laà¯cs montre une certaine reconnaissance de leur rà´le.
Le professeur de droit canonique à l'université de Fribourg Werner Bà¶ckenfà¶rde reconnaît dans une conférence donnée les 3 et 4 octobre 1998 à Wà¼rzburg, à l'occasion de la cinquième des rencontres fédérales du Mouvement du Peuple de l'Église « Nous sommes aussi l'Église » (Allemagne) qu'au bout d'un peu plus de 40 ans, rien n'a été mis en Å“uvre à l'exception de la messe en langues vernaculaires :
- « Dix-huit ans après la fin du Concile, le pape actuel en a défini des applications juridiques. En dépit de toutes ses modifications appréciables le Codex Juris Canonici montre à l'évidence qu'aucune conséquence juridique décisive ne devait être tirée du Concile. Le législateur de l'Église — et celui-ci est d'après la constitution de l'Église en dernier ressort le pape seul — s'est montré décidé non seulement à juguler toute remise en question de la structure hiérarchique de l'Église mais aussi à la renforcer encore. »
L'objectif du concile Vatican II avait pour objet de résoudre la crise moderniste.
Ainsi l'a reconnu le cardinal cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans un récent entretien à l
Pourquoi un nouveau concile ?
Les années 1920-1960 sont dans l'histoire récentes de l'Église catholique celles o๠s'épanouit la sanction contre tout ce qui est soupçonné de modernisme puis de progressisme — de la condamnation d'Alfred Loisy à la purge de la province dominicaine de France, l'affaire Lagrange et Sertillange, l'affaire des jésuites de Lyon, toutes affaires évoquées par Yves Congar (o.f.p) dans son Journal d'un théologien 1946-1954 publié au CERF en 1999. Tout l'intérêt du témoignage d'Yves Congar tient au fait qu'il devint expert au Concile et donne son témoignage sur les coulisses de celui-ci dans son Journal du Concile (2000, CERF), dont il exigea qu'il ne fut publié qu'à partir de 2000.
L'Église catholique romaine s'est arc-boutée contre la création du mouvement Å“cuménique de 1928 à 1947 sous l'impulsion de Sà¶derblom et de W.A. Wisser T'Hoof. à€ cette époque, elle est encore créationniste comme en témoignent les difficultés de Pierre Teilhard de Chardin pour publier tant sa théologie que ses découvertes anthropologiques. Si elle veut continuer de prétendre enseigner la vérité issue des apà´tres, elle doit se mettre à jour. Ainsi l'exprime le professeur de droit canonique Werner Bà¶ckenfà¶rde (op.cit) :
- « C'est dans [le] cadre [du concile Vatican II] que la souffrance provoquée par l'Église et ressentie même par des évêques s'est donné libre cours. Compte tenu de tous les compromis qui ont marqué les textes votés un soubresaut a secoué l'Église. Enfin une réaction à l'ultramontanisme du siècle dernier, à l'anti-modernisme du début de ce siècle et à l'étroitesse tout aussi étouffante des années cinquante. Les textes conciliaires et beaucoup parmi leurs commentaires dessinaient un visage plus aimable de l'Eglise. On avait l'impression que la bride était relà¢chée. Les laà¯cs prenaient une conscience grandissante de leur valeur, ils se redressaient. Ils ne voulaient plus être seulement l'Église à l'écoute passive, tenue à l'obéissance. »
Tel est le mot du pape pour lancer cette mise à jour qui s'adresse ad intra et ad extra.
1960, l'année o๠l'on commence à consulter pour préparer le concile, présente la troisième génération de l'école gratuite et le début de l'accès des masses populaires aux études moyennes. Elles passent de l'alphabétisation, dont l'objectif est le certificat d'études primaires (comme archétype du diplà´me de fin d'études primaires) à la culture dont l'objectif est le baccalauréat (comme archétype du succès aux études secondaires). La culture doit composer ; ce ne sera plus la culture classique (humanités, latin, grec, la maîtrise du discours) mais l'essor de la culture scientifique et technique (le savoir-faire), une culture urbaine.
La mise à jour s'adresse au questionnement du laà¯c cultivé que l'Église catholique romaine n'avait pas à affronter dans le village rural, son fief naturel. Au point que pour le maintenir, elle avait développé le syndicalisme agricole, ferment de modernisation technique et de maintien en ruralité. Mais les syndicats agricoles se sécularisent et l'exode rural dépeuple les campagnes.
C'est la deuxième fois que l'Église catholique romaine affronte le laà¯c cultivé, la première fois ayant produit la Réforme.
Des problèmes doctrinaux et pastoraux se posent, étroitement intriqués, qu'il importe de résoudre pour contrer la sécularisation matérialisée, dans les pays développés du premier monde, à savoir de l'Occident, par les diverses lois de séparation des églises et de l'état ou par les concordats qui en règlent les rapports.
Depuis les Lumières (1786, France, édit de tolérance), en même temps que l'antisémitisme solidifie les nationalismes au cours du printemps des peuples, c'est-à -dire le milieu du XIXe siècle, les États s'attachent à donner des droits équivalents aux populations chrétiennes minoritaires, voire aux non-chrétiens.
En France, le mouvement d'assimilation s'étend de 1791 jusqu'au décret Crémieux ; de même entre 1821-1831, en Allemagne et dans l'empire austro-hongrois, même assimilation des juifs au travers de la Haskalah. 1880 voit le retour de l'antisémitisme qui s'étendra jusque 1933 et la Shoah.
Dans les années 1960, on commence de se demander comment penser Dieu après la Shoah.
L'Église catholique romaine commence à soupçonner qu'elle pourrait bien avoir une responsabilité là -dedans, bien motivée par un intense lobbying jésuite. Le début d'un commencement de repentance se fait jour pour avoir prêché la théologie du Vetus Israà«l/Verus Israà«l ou avoir parlé de « juif perfide » dans la prière chaque Vendredi saint. Le fruit de ces réflexions se retrouvera dans la constitution Nostra à†tate.
Sur cet aspect, lire Jean Lacouture, Jésuites
Le message aux hommes du pape Jean XXIII lance le concile dans un sens nettement anti-conservateur voire, anti-intégriste. Le programme porte :
Selon le témoignage d'Yves Congar, expert au concile, dans son Journal du concile, ce qui manque le plus, c'est l'organisation et la méthode. Le concile n'éclate pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dès 1960 des commissions préparatoires ont été garnies de consulteurs cooptés. Yves Congar était l'un d'eux avec Henri de Lubac (s.j.) et Marie-Dominique Chenu (o.f.p.).
Ces consulteurs sont :
Commencé par Jean XXIII, le concile sera poursuivi à sa mort par Paul VI qui l'achèvera en 1965. Cette succession détermine les deux phases du concile, dont la seconde n'assumera pas l'ambition de la première. Cette ambition ne provoque aucune surprise : les consultations avaient débuté depuis plus d'un an. Les points les plus importants sont que :
Ce coup de force est décrit en détail par Yves Congar, et conduit à l'instigation des experts parmi lesquels le professeur Hans Kà¼ng et le jeune professeur de théologie Joseph Ratzinger, alors ardent défenseur de ce que les groupes issus de la Sapinière nomment modernisme.
Il se matérialise, dans un premier temps, par l'intervention du cardinal Liénart le 13 octobre 1962, qui demande qu'on remette à plus tard les élections dans les commissions. En effet, des bulletins de vote avec des listes préfabriquées avaient été remises aux évêques afin que ces équipes convinssent à la Curie. Le Saint-Office (ex-Inquisition) avait même communiqué une liste d'évêques à élire à la commission théologique (Congar, op. cit., p. 115).
La motion lue par le cardinal Liénart était l'Å“uvre du cardinal Garone, et le cardinal Frings s'y associa aussità´t au nom des cardinaux allemands et autrichiens. Ce cardinal Frings, appelé à un grand rà´le dans le concile avait pour consultant deux experts, le professeur Hans Kà¼ng et le professeur Joseph Ratzinger, alors l'un des plus jeunes professeurs de théologie.
Il demeure que c'est dans un contexte peu ouvert que se réunit le concile : rien ne permettait de prévoir un texte sur l'Å“cuménisme.
Au moment o๠démarre le concile Vatican II, le dialogue inter-religieux a déjà une petite centaine d'années et le mouvement Å“cuménique une petite cinquantaine. En 1929, Nathan Sà¶derblom, archevêque suédois d'Uppsala a reçu pour son activité le Prix Nobel de la Paix.
Du cà´té catholique, on revient de loin :
La nouveauté du concile Vatican II est que la perspective Å“cuménique se matérialise par la présence d'observateurs venus d'autres christianismes. Le mot « observateur » signifie clairement qu'ils n'auront pas voix délibérative mais seulement consultative. Leurs communications seront très écoutées par les pères conciliaires, le plus souvent avec surprise.
En marge du concile, quelques événements montrent combien cette invitation spectaculaire ne va pas de soi.
C'est le résultat le plus important et le plus constant du concile qui sera complété par la reconnaissance de l'État d'Israà«l (1993) et la repentance du 12 mars 2000.
Ce sont les deux seules qui perdurent, avec la liturgie en langue vernaculaire.
L'un des premiers textes votés concerne la liturgie : elle pourra maintenant être célébrée en langue vernaculaire et non plus en latin (à quelques exceptions près) seulement. On mesure ici le type d'ouverture que Jean XXIII voulait offrir à l'Église.
Un autre texte concerne la liberté religieuse. L'Église considère que d'autres religions existent : l'Église affirme qu'elles sont fausses du moins en partie, elles doivent tout de même être respectées, de la même manière que la religion catholique doit être respectée par les autres religions. Ceci crée pour le moins une ambiguà¯té qui n'est toujours pas résolue. Voir Jacques Dupuis.
D'autres textes concernent le rà´le des laà¯cs, la place des femmes dans l'Église. L'Å“cuménisme est expliqué ainsi que la nécessité de refaire l'unité de l'Église catholique. Dans l'ensemble, la nécessité d'obtenir un vote à l'unanimité provoque des rédactions de textes ambiguà«s portant en germe l'échec du concile.
à€ la fin du concile, le pape et le patriarche orthodoxe lèvent les excommunications mutuelles qui datent de 1054. Ce geste fort inaugure un renouveau des relations avec les patriarcats orthodoxes qui culminera avec la déclaration Dominus Jesus, publiée en 2000 dont la confession de foi est non filioquiste. L'effort Å“cuménique de l'Église romaine est si entièrement limité au christianisme orthodoxe qu'elle en accepte pour la première fois depuis le début de son histoire une concession doctrinale. Cette procédure de non réception passa inaperçue auprès des catholiques.
Toutefois, la confiance n'est pas rétablie et encore la question des Églises uniates demeure une pomme de discorde. La méthode de réintégration d'une partie des chrétiens nestoriens en 1994, après leur avoir fait renoncer à leur théologie propre, sous le nom de catholiques de rite chaldéen, n'apporte rien pour éclairer cette relation avec les chrétiens orientaux.
Comme à chaque fin de concile, l'Église catholique connaît un schisme sur son aile droite : la Fraternité Saint-Pie X, emmenée par Mgr Marcel Lefebvre, ancien archevêque de Dakar, dernière incarnation de l'intégrisme catholique ou intégralisme ultramontain, se réfugie d'abord dans une hostilité à peine voilée au nouveau concile. En 1987, c'est la rupture : Mgr Lefebvre ordonne sans autorisation pontificale quatre évêques de sa mouvance. C'est alors l'excommunication et le schisme.
Le concile Vatican II n'a pas changé grand chose à l'Église catholique. Un mouvement de « restauration » est en cours depuis 1998 et la liquidation des acquis du concile est à l'ordre du jour comme en témoignaient de nombreux théologiens catholiques et protestants dans une récente émission Agape (transcript de l'émision) sur la télévision française publique France 2.
L'Église catholique romaine continue d'affirmer ses ambitions théocratiques comme l'atteste sa présence à l'Organisation des Nations unies et son absence au C.OE.E (bien qu'elle entretienne avec des relations de travail régulières) et son intense activité de lobbying auprès des instances de l'Europe au travers de la COMECE.
Aggiornamento
à€ la ville, c'est-à -dire aux catholiques
Au monde, c'est-à -dire au delà du catholicisme
Ouverture
La question de la source de la Révélation en était donc restée à la doctrine des deux sources Partim...Partim telle que décrite par le concile de Trente, puis la Tradition avait pris le pas sur les Écritures.
Deux textes sortirent de cette réflexion qui s'adressent aux catholiques, les invitant à faire un meilleur visage à ces étranges chrétiens que sont les chrétiens autres.
Méthode
Préparation
Si les Romains se réunissent chaque semaine, il n'en est pas de même des consulteurs étrangers qui reçoivent par courrier, en un temps o๠le courrier électronique n'existe pas, des notes qui en sont, parfois, à leur cinquième ou sixième état de rédaction. Congar ne pourra se rendre à Rome que trois ou quatre fois avant le concile. Les consulteurs éprouvent des difficultés à présenter leurs remarques, à faire valoir leur argumentation et leurs documents de travail sont peu considérés. Congar se demande si ses travaux de plusieurs dizaines de pages ont été lues ,:
pour avoir suivi les cours de Henri Bloecher, théologien du Réveil (fondamentaliste) à l'Institut de théologie protestante de Paris (qui lui seront fermement reprochés, quoiqu'il ait obtenu une autorisation spéciale pour y assister)
L'ambition
Le coup de force des pères conciliaires
Inauguration de l'Å“cuménisme catholique
à€ cette époque, la perspective est l'unionisme qui, pour le versant catholique préconise le retour au bercail. Les observateurs
Le message est fort : l'Église catholique veut s'ouvrir au monde.Un geste fort très tempéré
Les résultats du concile
L'abandon de l'antijudaà¯sme catholique
Nostra à†tateDeux initiatives concrètes communes
Innovation liturgique
Essor des relations avec les patriarcats orthodoxes
Schisme
Conclusion
Annexes
Articles connexes
Liens externes
Références