Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, plus connu sous le nom de Saint-Simon, est un écrivain né à Paris le 15 janvier 1675, mort en 1755. C'est le fils de Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon et de sa seconde femme, Charlotte de L'Aubespine.
Titré vidame de Chartres, il reçoit une éducation soignée. Il devient à cet époque ami du duc de Chartres, le futur régent. Autre personnage qui joue un grand rà´le dans sa vie : Rancé, l'abbé de La Trappe, voisin percheron proche de son père et qui joue pour Saint-Simon le rà´le de mentor en matière de religion. Il s'intéresse surtout à l'histoire et aime la lecture, en particulier celles de mémoires, qui lui donnent l'« envie d'écrire aussi [les mémoires] de ce qu'[il] verrai[t], dans le désir et l'espérance d'être de quelque chose, et de savoir le mieux qu'[il] pourrai[t] les affaires de [s]on temps. » Il commencera à écrire ses futures Mémoires en juillet 1694. Il ne néglige pas pour autant les exercices physiques équitation et escrime et manifeste le désir de servir à l'armée. En 1691, alors qu'il a 16 ans, son père, déjà à¢gé (86 ans) intrigue pour le faire entrer dans les mousquetaires gris et il participe en 1692 au siège de Namur. Peu de temps après, Louis XIV lui donne la troisième compagnie de cavalerie du Royal-Roussillon.
En avril 1693, son père meurt et il devient duc et pair à 18 ans. Peu de temps après, Louis achète le régiment Royal-Carabiniers et devient mestre de camp. Ses responsabilités militaires passent pourtant au second plan face aux responsabilités de la pairie. Saint-Simon prend son nouveau rang très à cÅ“ur, et s'engage rapidement dans un grand procès contre le maréchal-duc de Luxembourg, qui veut faire modifier son rang parmi les pairs. Il s'indigne aussi du « rang intermédiaire » accordé aux bà¢tards de Louis XIV (le duc du Maine et le comte de Toulouse), qui les fait passer au-dessus des pairs. En 1695, il épouse Marie-Gabrielle de Durfort de Lorge, fille aînée du maréchal-duc de Lorge, dont la mère, née Frémont, vient d'une famille roturière mais fournit une dot importante. Le mariage semble particulièrement heureux pour l'époque. Dès 1702, peu fait pour la guerre et s'estimant victime d'une injustice alors qu'il néglige son régiment pour la vie de Cour, il quitte l'armée. Louis XIV lui tiendra longtemps rigueur de cette défection.
En 1702, toujours, il obtient un appartement pour lui et sa femme au chà¢teau de Versailles : c'est l'ancien appartement du maréchal de Lorge, dans l'aile nord. Il l'occupera jusqu'en 1709. Désormais, il est en plein cÅ“ur de la société de cour, qu'il observe et consigne avec passion dans ses Mémoires. En 1706, son nom est proposé pour celui de l'ambassadeur à Rome, en remplacement du cardinal de Janson. Mais au dernier moment, une promotion de cardinaux ayant été faite, Louis XIV décide d'envoyer plutà´t le tout nouveau cardinal de La Trémoà¯lle.
En 1709, il perd son logement. Pontchartrain lui en prête un autre, situé au 2e étage de l'aile droite des ministres, puis en 1710, Saint-Simon — ou plutà´t sa femme, nommée femme d'honneur de la duchesse de Berry — obtient un grand appartement, attribué auparavant à la duchesse Sforza et à la duchesse d'Antin. Le nouvel apartement possède en outre des cuisines, ce qui permettra à Saint-Simon de donner fréquemment soupers et dîners, et d'enrichir encore ses Mémoires.
En 1711, Monseigneur, fils de Louis XIV, meurt. Saint-Simon, ami de duc de Bourgogne, premier dans la ligne de succession, espère accéder au pouvoir par son intermédiaire, mais en 1712, le duc de Bourgogne meurt à son tour. Pour se consoler, Saint-Simon se lance dans l'écriture de projets de réforme dans la lignée du libéralisme aristocratique. Il rêve d'une monarchie moins absolue, mais n'est pas pour autant un chantre de l'égalitarisme : il veut redonner à la noblesse, strictement hiérarchisée, un rà´le politique majeur, voire hégémonique. Ses écrits, signés ou non, se diffusent à la cour et il y devient une sorte de personnage. Parallèllement, il continue à se quereller pour des questions de préséance et à fulminer contre les bà¢tards, le duc du Maine au premier chef, surtout après l'édit de 1714 insérant les bà¢tards dans la ligne de succession.
En septembre 1715, Louis XIV s'éteint. Le duc d'Orléans, ami d'enfance de Saint-Simon, devient régent. Pour Saint-Simon, c'est le moment de faire triompher ses théories politiques. Membre du conseil de régence, il est à l'origine du système de la polysynodie, instituant à la place des ministères des conseils o๠domine l'aristocratie. Pour Saint-Simon, ce rà´le est le seul digne d'un pair de France, conseiller né du roi, mais pas fonctionnaire, même de haut niveau. Ainsi il refuse la présidence du conseil des Finances, qu'il confie même à un de ses ennemis jurés, le duc de Noailles. Par contre, il accepte les honneurs les plus prestigieux de la cour :le justaucorps à brevet et les grandes entrées chez le roi. Il se fait aussi attribuer une croix de Saint-Louis, normalement réservée aux militaires. L'honnêteté de Saint-Simon l'empêche aussi de profiter de ce passage au pouvoir pour résoudre sa diffficile situation financière. Par contre, il répare son orgueil brisé en participant à l'éviction des bà¢tards de leur rang de princes du sang. Peu apte aux manoeuvres politiques, il est de plus en plus supplanté par le cardinal Dubois, ancien précepteur du Régent et futur premier ministre. Philippe d'Orléans lui conserve son amitié et lui prête même en 1719 le chà¢teau de Meudon, honneur considérable, suivi de plusieurs propositions de poste que Saint-Simon refuse sous des prétextes divers. En 1721, il accepte néanmoins l'ambassade en direction de l'Espagne, pays qu'il admire beaucoup, dans le but de marier Louis XV à une infante d'Espagne, mais cet épisode doré qui le voit revenir grand d'Espagne est son chant du cygne : quand il en rentre en 1722, c'est Dubois qui est nommé premier ministre. En 1723, la mort du Régent lui fait perdre tout accès au pouvoir et en le privant de son dernier ami, l"éloigne de la Cour.
Saint-Simon se retire alors sur ses terres, o๠il mène une vie de gentilhomme campagnard, relativement soucieux des conditions de vie de ses paysans, et tentant de moderniser leurs techniques. Il se fera même maître de forges. Il se consacre également à la rédaction de traités historico-généalogiques. Il lit le Journal de Dangeau et, à partir de 1739, il rassemble ses notes et s'attelle à la rédaction proprement dite de ses Mémoires. En 1749, il achève leur rédaction, les faisant s'arrêter en 1723, à la mort du Régent. Il envisage un moment une suite, qui ne sera jamais écrite. Il meurt en 1755.
Å’uvre majeure de Saint-Simon, les Mémoires ont longtemps attendu leur publication. Elle n'est pas le fait des héritiers directs, obérés par la succession. Le manuscrit sera gardé chez un notaire et il faudra attendre le neveu du petit duc, le général de Saint-Simon, pour commencer le grand travail de publication. La première grande édition est celle de Chéruel, à partir de 1858, suivie par celle de Boislile, de 1789 à 1930. Ce sont ces éditions qui feront la gloire de Saint-Simon, détrà´nant le cardinal de Retz au panthéon des mémorialistes et le consacrant comme source historique majeure pour le règne de Louis XIV.
Mieux encore, Saint-Simon a gagné le titre de véritable écrivain. Les admirateurs de sa prose se comptent nombreux parmi les auteurs francophones, et c'est l'un des rares mémorialistes à être lu par leur style. Pourtant, Saint-Simon lui-même avoue : « Je ne me pique pas de bien écrire. » D'un point de vue académique, il dit vrai. Sa grammaire n'est pas toujours rigoureuse, et son vocabulaire est archaà¯que (il reste figé à la première partie du règne de Louis XIV).
C'est cela même qui fait l'originalité du style de Saint-Simon : il ne se surveille pas, et chez lui la phrase se bouscule, hachée et fiévreuse, toute en ellipses, à tel point que Chateaubriand dira de lui : « Il écrit à la diable pour la postérité. » C'est aussi un bon conteur, narrant avec clarté et minutie des histoires souvent embrouillées, sachant ménager ses effets et son suspense, transformant une anecdote mineure en véritable comédie. Enfin, Saint-Simon se distingue par la fougue de son discours. Il a l'indignation facile, l'insulte retorse et la plume bien aiguisée. Bien peu trouvent grà¢ce à ses yeux, offrant ainsi au lecteur un panorama parfois injuste, mais souvent réjouissant, de la cour de Louis XIV.
C'est un dessein historique que poursuit Saint-Simon. Il s'en justifie dans un avant-propos qui n'est pas sans rappeler la préface de l'Ab Urbe condita de Tite-Live. Il commence par rappeler que l'histoire est « étude recommandée », pratiquée par les saints et, mieux encore, par le Saint Esprit (allusion aux livres dits historiques de la Bible). Insistant que la pertinence de lire et d'écrire l'histoire quand on est chrétien, Saint-Simon s'oppose vigoureusement à l'obscurantisme : il n'y a pas lieu de taire les défauts et les vices de ses prédecesseurs au nom de la charité. « Ne mettons point le salut que le Rédempteur nous a acquis au prix indigne de l'abrutissement absolu ». Il conclut que l'histoire, loin d'être contraire à la charité, peut la servir.
Saint-Simon définit ensuite ce que doit être l'histoire, non pas la simple énumération des événements, mais aussi « leurs origines, leurs causes, leurs suites et leurs liaisons des uns aux autres ». Et pour lui, cela ne peut se faire sans raconter aussi l'histoire des acteurs, leur personnalité, ce qui les meut, leurs relations entre eux. Enfin, qui peut mieux dépeindre l'histoire, sinon quelqu'un qui l'a lui-même vécue ?
Tout cela montre, selon Saint-Simon, la vanité des existences et le néant des ambitions. L'histoire remplit donc un but moral, mieux que les livres de morale eux-mêmes, car l'histoire marque plus le lecteur : « ce sont des avis et des conseils que reçoivent [les lecteurs] de chaque coup de pinceau à l'égard des personnages, et de chaque événement par le récit des occasions et des mouvements qui l'ont produit. » Enfin, l'histoire parlant généralement de gens morts, elle peut se permettre d'être vraie tout en ne choquant personne.
[à compléter]
Biographie
Jeunesse
à€ Versailles
Dans l'ombre du Régent
Å’uvre
Aspects littéraires
Aspects historiques
L'histoire selon Saint-Simon
« Écrire l'histoire de son pays et de son temps, c'est repasser dans son esprit avec beaucoup de réflexion tout ce qu'on a vu, manié, ou su d'original sans reproche, qui s'est passé sur le théà¢tre du monde, les diverses machines, souvent les riens apparents, qui ont mà» les ressorts des événements qui ont eu le plus de suite et qui en ont enfanté d'autres. »
Saint-Simon et l'historiographie
Bibliographie