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Mimétisme

Le mimétisme est un comportement d'imitation qui peut intervenir sur différents plans.

Sur le plan physique, il se manifeste par la capacité de certains êtres vivants à  ressembler (d'un point de vue morphologique), soit à  des éléments de leur milieu, soit à  d'autres êtres vivants. Le résultat (plus rarement l'objectif, quand cela est délibéré) étant d'améliorer la faculté à  échapper aux prédateurs, à  s'emparer des proies, ou à  faciliter les relations avec les congénères.

Sur le plan comportemental, c'est un mécanisme fondamental de l'apprentissage.

Enfin, sur le plan psychologique, c'est selon René Girard le mécanisme fondamental du comportement humain, dont dérive la totalité des éléments de culture, selon une logique implacable à  plusieurs degrés.

Sommaire
1 Le mimétisme physique dans le monde du vivant
2 Le mimétisme comportemental pour l'apprentissage
3 Le mimétisme comportemental en tant que facteur culturel
4 Le mimétisme et la psychanalyse
5 Mimétisme et psychologie sociale

Le mimétisme physique dans le monde du vivant

De nombreuses formes de vie exploitent une ressemblance morphologique avec un élément de leur milieu naturel pour s'y fondre. Par ses formes, couleurs, odeurs et saveurs, ou son, le mime ressemble le plus possible à  une cible qui présente :

  • un intérêt nutritif limité pour le prédateur : le phasme a l'apparence d'une brindille qu'un oiseau insectivore dédaignera, le poulpe se rend invisible en se confondant avec le fond marin, en imitant sa couleur et sa texture;
  • un danger potentiel pour le prédateur : certaines mouches ressemblent à  s'y méprendre à  des guêpes, certains serpents dépourvus de venin imitent le signal sonore du crotale, plusieurs espèces de papillons ont des motifs sur leurs ailes qui ressemblent aux yeux d'un animal bien plus grand qu'eux ;
  • un intérêt gustatif ou nutritif important pour le fécondateur : certaines plantes profitent de l'intérêt des insectes pour une autre espèce pour leur propre reproduction ;
  • un intérêt nutritif pour leur proie : des plantes carnivores exhalent un parfum de chair en putréfaction pour attirer des mouches dont elles se nourrissent ;
  • un danger limité pour leur proie : certains poissons possèdent un camouflage aux couleurs des algues dans lesquelles ils évoluent pour surprendre leur repas.
  • un idéal admis par un congénère, rendant possibles certains comportements : les fourmis imitent leurs odeurs respectives par échange permanents, ce qui construit l'odeur caractéristique de leur colonie, qui leur permettra d'y entrer ; maquillages et tenues augmentant la conformité aux canons esthétiques matérialisés par des photos de magazine, facilitent les relations sexuelles.

Le mimétisme comportemental pour l'apprentissage

La reproduction d'un geste est à  la base de la mémorisation d'une technique.

C'est en voyant l'autre faire que l'on se représente l'utilité ou l'intérêt de la chose faite, en même temps que l'on découvre l'apparence que prend ce geste. Ensuite, c'est en reproduisant le geste que l'on découvre sa difficulté, et que l'on se forge un souvenir de l'enchaînement d'actions élémentaires (au niveau musculaire et conscient) nécessaire à  son accomplissement.

Le mimétisme intervient pour toutes sortes d'apprentissages :

  • l'utilisation de son corps dans l'espace
  • l'utilisation d'outils et l'acquisition de techniques
  • l'acquisition du langage
  • l'acquisition de mécanismes mentaux (déduction, résolution de problèmes)

Le mimétisme comportemental en tant que facteur culturel

Selon René Girard, le mimétisme est une relation ternaire,
" un triangle de vaudeville".
Dans l'évolution comportementale, cela la distingue de l'unité (prototype : mère / enfant à  naître), et de la relation binaire (prototype : bébé / mère=nourriture).

Il s'agit d'une recherche d'identité, non pas (ou plutà´t, non pas seulement...) par absorption de la substance du modèle, mais aussi de ses relations (son comportement, sa place, ...) avec le reste du monde : le sujet imite son modèle par rapport aux tiers, objets ou personnes. Cette relation ternaire est donc la suite logique de la relation binaire, et non une alternative qui l'exclurait.

Ces conséquences se déclinent en plusieurs degrés ou niveaux :

Le premier degré

  • tentative d'imitation par le sujet de son modèle d'un certain comportement à  propos d'un objet;
  • impossibilité physique de réaliser l'imitation parfaite (de manger le même objet, par exemple, puis qu'il est dans le ventre de l'autre) ; constatation du fait que le modèle est un obstacle à  l'imitation parfaite.
  • traitement par le sujet de l'obstacle que constitue maintenant son modèle : tentative de contournement (échec) puis de destruction, conduisant à  un combat ;
  • imitation généralisé du comportement conflictuel, avec imitation de la cible : polarisation mimétique sur une seule victime, qui succombe ou réussit à  fuir ;
  • fin (temporaire) et apparemment miraculeuse de la violence intra-communautaire, validant le caractère surnaturel de la victime : naissance d'un dieu, à  la fois bon (il a scellé par sa disparition l'unanimité retrouvée) et mauvais (c'est lui qui a déchaîné toute cette violence, qui lui est très justement retombé dessus).

Le second degré

Le processus qui vient d'être décrit, l'a été d'une façon neutre, c'est-à -dire en niant implicitement le caractère magique du résultat et la responsabilité de la victime. Il convient maintenant, exercice difficile, de se mettre à  la place de participants capables de réflexions, mais dont la culture chrétienne (avec son respect de la victime) et la culture matérialo-rationaliste (avec sa négation de toute action magique) sont nulles.

Pour de tels protagonistes, les seules conclusions évidentes sont

  • certains objets, comportements, lieux ou moments sont dangereux, tabous : y toucher, au réel ou au symbolique, c'est déchaîner la violence.
  • ces choses sont caractéristiques du dieu. C'est lui qui déchaîne, mais aussi enchaîne la violence, et par là  crée la paix.
  • l'imitation est dangereuse, il faut l'interdire. Et a fortiori, l'imitation des dieux (le viol d'un tabou) est toujours catastrophique et impardonnable.
  • mais dans certaines circonstances, il est nécessaire de refaire appel aux pouvoirs divins, et de régénérer (littéralement) la communauté en imitant le processus initial. D'o๠la mise en place de rites, éventuellement destructeurs mais de façon limitée.

A ce stade, il apparaît donc les structures fondamentales de toute société, avec à  la fois, pour chaque comportement ou objet, une interdiction générale et un impératif particulier, par exemple :
  • pour limiter les conflits d'origine sexuelle : d'une part, tabou de l'inceste (avec une définition adaptée à  la notion locale de famille, et non aux impératifs biologiques supposés) et exogamie ; d'autre part, rites orgiaques et mariages royaux exclusivement dans l'entourage le plus proche possible (entre frère et sÅ“ur, père et fille,...)
  • pour limiter les conflits d'origine alimentaire : codification stricte des aliments et des consommateurs autorisés.
  • pour contrà´ler le processus rituel, et l'aléa dangereux dans la désignation de la victime : pré-désignation de la future victime (par identification d'un élément caractéristique du dieu, tel que sa taille, une claudication, une couleur rare, une généalogie, un rang de naissance...) et mise en réserve pour le rite à  venir

Le troisième degré

L'efficacité du processus, c'est-à -dire sa capacité à  pacifier et reconstruire de l'unanimité, implique son ignorance et sa répétition. Tandis que sa répétition entraîne sa révélation progressive, le caractère réel des pouvoirs du sacrifice apparaissant de plus en plus douteux.

Les conséquences peuvent être diverses, certaines mettant fin à  la civilisation, les autres la complexifiant et la faisant avancer :

Le mimétisme et la psychanalyse

Le mimétisme tel que mis en lumière par René Girard contient la
psychanalyse freudienne et ses dérivés, en ce sens que toutes les structures mises en avant par Freud apparaissent comme un résultat des mécanismes mimétiques. Ainsi, et contrairement à  la thèse originale de Freud, ces structures ne sont ni primitives, ni universelles. Ainsi et par exemple,
  • à‡a n'est que l'envie de faire comme les autres et de recommencer ce qu'on a déjà  fait (s'imiter soi-même dans le passé, tel que cristallisé dans les souvenirs), pendant que Surmoi il reste la répression de cette envie (par imitation des interdits imposés, par les autres ou par soi-même avec les mémorisations), en raison des conséquences bien connues de Moi.
  • le complexe d'Å’dipe n'est que la manifestation de la difficulté, voire l'impossibilité, pour le fils d'imiter son père sans en faire un obstacle.
  • l'homosexualité latente résulte de la nature profonde de l'imitation, qui n'exclut pas et même suppose d'une certaine façon une relation plus binaire dans laquelle le modèle est aussi un objet.
  • etc.

Mimétisme et psychologie sociale

Le mimétisme comportemental peut aussi être examiné au niveau de ses conséquences sur la société, par le biais de la psychologie sociale. Il est en effet à  la source de phénomènes de groupe ou de foule pouvant conduire à  des travers comportementaux excessifs, voire des aveuglements dangereux (voir plus haut le "troisième degré"), allant du simple conformisme jusqu'à  l'hystérie collective. Par ailleurs le mimétisme peut résulter de manipulation mentale (propagande, gouroutisme)




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