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Péché originel

   

Le péché originel est un des éléments de la théologie chrétienne.

Sommaire
1 Origine du concept
2 Postérité de ce concept
3 Analyse contemporaine
4 Voir aussi
5 Lire aussi

Origine du concept

La formalisation du concept tient à  une lecture de l'épître aux Romains, V:12 de Paul de Tarse explicitée par saint Augustin d'Hippone au IVe siècle dans sa lutte contre Pélage (*). Pélage considérait que la création était bonne.

Le péché originel, Guiard des Moulins, Bible historiale,
France, Paris, XVe siècle

Augustin soutenait l'opinion pessimiste de Paul qui lui permettait de répondre une question fondamentale pour qui avait été manichéen : Pourquoi le mal ? Pourquoi la mort ? . La réponse de Paul (déterminant dans la conversion d'Augustin) est simple :

(Rom. V:12) : C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché...

Dans le texte de Romains, évoqué ci-dessus, parlant de la faute d'Adam comme de la faute d'un seul, Paul ne dogmatise pas un péché originel comme Augustin croit devoir le faire plus tard, à  partir d'une lecture atomiste de Paul sans lecture parallèle au texte de Bereshit.

Si l'on tient pour vraie la déclaration de Paul à  propos de sa formation intellectuelle : élevé aux pieds de Gamaliel, Paul est un pharisien. Il pratique donc les règles d'herméneutique (middot) telles qu'enseignées dans le milieu des perushim'. La lecture typologique est l'une de ces règles. Le principe en est ma' assei avot siman lebanim ([fr] : la geste des pères est un miroir pour les fils''). En d'autres termes, tout a été vécu par les patriarches (dont Adam) qui devra advenir à  leur descendance.

Paul applique ce procédé à  profusion. (voir 1 Cor 10 qui est un midrash pecher sur Nombres (Bamidbar) 20,8). Ce procédé herméneutique trouve une survivance dans l'adage L'histoire ne se répète pas ; elle bégaie.

(*) Voir Contre Pélage o๠l'on voit qu'Augustin ne cite pas l'Ancien Testament

Augustin qualifia ce péché d'originel. Pour expliquer qu'il se transmet tous les hommes, par engendrement, comme une souillure héréditaire, il l'assimila au péché de chair, suivant en cela le discrédit de la sexualité mis en Å“uvre par le stoà¯cisme. Le baptème permettait d'effacer cette souillure. Sans le savoir, Augustin venait de réinventer l'anank des Grecs, ou souillure tragique, qui se transmet à  toute une famille comme le montre la tragédie, à  cela près qu'il l'étendait toute l'humanité.

Le Péché Originel, l'une des Å“uvres de Michel-Ange sur la voà»te de la Chapelle Sixtine.

Postérité de ce concept

Le poids du péché originel sur le Moyen à‚ge

Pierre Lombard fit évoluer cette notion vers celle d'un affaiblissement de la volonté.

Cette interprétation marqua l'ensemble du Moyen à‚ge qui sera dominé par l'inquiétude face au péché (confessions, indulgences...), la justification par les actes. Bien plus cette notion de péché originel donna une autorité morale à  la misogynie en faisant retomber l'origine de l'état de pécheur sur la femme.

Les cathares contesteront le sacrement du mariage pour le principe que celui-ci légitime à  leurs yeux l'union charnelle de l'homme et de la femme, union à  l'origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la Genèse

Voir aussi : [1]

Polémique du libre arbitre

La grande question du Moyen-à‚ge est celle du salut dans une perspective o๠la Vie Eternelle se situe après la mort, dans une optique de rétribution. Quels sont donc les moyens du salut (de gagner son paradis) si Dieu est tout puissant ?

Luther entre en conflit avec Érasme sur cette question dont la prédestination et le libre arbitre sont deux tentatives de réponse. En bon augustinien, Erasme soutient le libre arbitre, c'est-à -dire la responsabilité de l'homme devant Dieu concernant ses actes. En quelque sorte, l'homme peut refuser la grà¢ce de la foi. Au contraire, se fondant notamment sur le péché originel, le moine augustinien Luther défend la prédestination, c'est-à -dire le serf arbitre et la justification par la foi, chère à  Paul. Pour Luther, c'est Dieu qui décide. Par cette querelle Luther s'aliènera Erasme avec toute son autorité et son crédit.

Voir aussi :

  • Didier ÉRASME, Essai sur le libre arbitre, 1524
  • Martin LUTHER, De servo arbitrio (Du serf arbitre), 1525>

Philosophies des Lumières

Spinoza

Baruch Spinoza n'est pas un philosophe des lumières ; il les précède d'un bon siècle. Cependant, il développe une autre approche de la Vie, une autre image de l'Homme, une autre idée de Dieu.

« Cet àŠtre éternel et infini que nous appelons Dieu ou la Nature agit avec la même nécessité qu'il existeÂ… N'existant pour aucune fin, il n'agit donc aussi pour aucune ; et comme son existence, son action n'a ni principe ni fin. Â» (Éthique, 1677))
En écrivant 1 Dieu c'est-à -dire la nature Â», Spinoza identifie la divinité au tout du monde réel, contrairement à  l'anthropomorphisme religieux classique qui fait de Dieu un créateur, distinct du monde, agissant selon un objectif. Dieu est impersonnel, ni bienveillant, ni malveillant, sans dessein particulier pour l'homme. Aucune morale ne procède donc de Dieu.

Spinoza prà´ne la recherche du salut par la connaissance, la recherche du Souverain Bien, qui apporte la joie, la Béatitude, et sauve du trouble des passions. La morale est faite par les hommes pour les hommes. Le Bien et le Mal n'existent pas en tant que tels et ne peuvent donc se transmettre par nature. Ce ne sont que la réponse de nos sentiments à  des évènements que nous recevons comme « Bien Â» ou « Mal Â» selon notre subjectivité ou nos intérêts.

« Les hommes se figurent être libres parce qu'ils sont conscients de leurs actions et volitions, mais ils sont ignorants des causes qui les font agir et vouloir. Aussi sont-ils pleins de haine et de rancÅ“ur pour eux-mêmes ou, plus souvent, pour autrui. Tels sont les moralistes, qui savent flétrir les vices plutà´t qu'enseigner les vertus et qui ne tendent à  rien d'autre qu'à  rendre les autres aussi misérables qu'eux-mêmes Â»

L'Éthique de Spinoza n'est pas une morale du tout est permis non plus que du tout se vaut. La recherche de la joie (du contentement de soi) doit être conforme à  la raison et ne peut être efficace que dans la relation des hommes aux hommes : elle correspond à  une augmentation du sentiment d'exister et du pouvoir agir.

Jean Jacques Rousseau

L'idée de la création bonne fit néanmoins son chemin. Jean-Jacques Rousseau écrit dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes :
L'homme est naturellement bon et c'est la société qui le déprave.
Si on se limite à  cette phrase, l'approche de Rousseau est une idée neuve face aux Églises et à  nombre de philosophes. Notons Pascal au passage qui écrit dans les Pensées :
Il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste.

Cette nouveauté donne une conception positive de l'enfant et fonde les pédagogies dites « modernes Â» dont Rousseau est un des acteurs (avec Maria Montessori, François Decroly, Célestin Freinet.Â…)

Mais on oublie trop souvent que le message de Jean-Jacques Rousseau porte davantage sur l'importance de l'éducation en tant qu'élément majeur de l'amélioration de l'humanité et donc sur le caractère perfectible de l'homme, tant au niveau de l'espèce que de l'individu. Dans ce sens, nous ne sommes pas éloignés des études récentes qui tendent à  montrer la place prépondérante de la socialisation sur l'enfant « naturellement agressif Â». Par contre, l'assertion de Rousseau est démentie, notamment par R. Tremblay, lorsqu'il dit : « l'agression physique serait une sorte de réflexe inné qui disparaîtrait au rythme o๠l'enfant s'intègre dans la société, notamment à  mesure qu'il fait l'apprentissage du langage. Â»

Plus tard, dans Émile ou l'Éducation, la bonté de la création s'étend à  la nature, si on en croit la célèbre Profession de foi du Vicaire savoyard.

La simple observation de la nature démontre l'ingénuité des propos de Rousseau à  ce sujet. Si le mal est l'instinct, la cruauté, la sauvagerie, l'indifférence, tels qu'ils se perpétuent dans la nature, on ne peut que constater que l'homme n'a eu de cesse, tout au long de son évolution, de se « perfectionner Â» par la connaissance, l'éducation, la cultureÂ… Le mal n'est pas inhérent à  la nature de l'homme mais fait partie de son histoire.

Analyse contemporaine

Les penseurs contemporains relisent Genèse III et se demandent comment Augustin peut parler de péché en étendant le concept de Paul, qui lui, parlait de la Loi comme frontière dynamique entre le bien et le mal.

D'une part, leur perspective change. Ils ne se demandent plus « Pourquoi la mort ? Â» (baisse de faveur de l'Enfer, avec son corollaire, la fin de la peur de la mort) mais « Pourquoi le Mal ? Â» Là , la Bible n'est pas sans ressources :

« Les parents ont mangé les raisins verts et les enfants en ont eu les dents agacées Â» (Ézechiel XVIII:2)
« C'est moi le Seigneur, ton Dieu, un Dieu jaloux poursuivant la faute des pères chez les fils sur 3 et 4 générations s'ils me haà¯ssent Â» (Deutéronome V:9)

La nouveauté d'Augustin consiste à  attacher la faute par excellence à  la sexualité alors que l'Ancien Testament ne retient pour faute que le fait de se détourner du dieu unique. En quelque sorte, « La vie est une maladie sexuellement transmissible et constamment mortelle Â» selon le mot du professeur Willi Rozenbaum La faute est le fait d'un déterminisme, tel père, tel fils que les modernes auront du mal à  combattre même en période rationaliste o๠l'on parlera de dégénérescence dans l'alcoolisme ou dans la maladie mentale.

Pourtant, l'Ancien Testament dit aussi, peut-être sous une influence babylonienne :

« Celui qui pèche, c'est lui qui mourra : le fils ne portera pas la faute du père ni le père la faute du fils ; la justice du juste sera sur lui et la méchanceté du méchant sera sur lui Â» (Ézechiel XVIII:20)

C'est pourquoi, ni l'Islam, ni le judaà¯sme ne connaissent de péché originel L'Islam présente la faute d'Adam comme une simple omission et non comme une faute intentionnelle car Dieu avait fait « une alliance avec Adam mais il l'a oubliée Â» (Sourate XX:115).

On aboutit au paradoxe suivant : quand le passage de Genèse commenté par Paul est invoqué comme faute, on parle de la faute d'àˆve et, quand il est pardonné, c'est l'oubli qui est invoqué par Adam. En effet, on peut s'interroger sur l'éthique qui fait un crime d'une désobéissance et néglige le meurtre.

Lecture du texte biblique

traduction Segond, 1902 Les contemporains relisent le texte dont Paul s'inspirait avant Augustin. Ils analysent le récit de la façon suivante :

Dans la Bible hébraà¯que

Curieusement, le judaà¯sme, auteur du récit ne voit aucun péché originel à  cet endroit.

Dans la Bible hébraà¯que, le mot hattat qui signifie faute en hébreu n'apparaît qu'en Genèse IV:7, non sous la forme d'une faute imposée et héréditaire mais sous la forme d'un choix éthique, fondateur du Libre arbitre.

  • « Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à  la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui. Â» (traduction Louis SEGOND, 1902)

Rien ne dit qu'Adam et Eve dans le jardin sont immortels. Le verset Genèse III:22 tendrait même à  dire le contraire. Ils se demandent donc comment la mort peut-elle être l'éternel chà¢timent de la désobéissance avouée en Genèse III:13

Enfin, ils se demandent si la colère du dieu du récit doit être prise au sérieux. En effet, celui-ci est pris de sollicitude après la colère comme indiqué en Genèse III:21, o๠l'Éternel coud des vêtements de peau alors qu'Adam et Eve se sont déjà  couverts en Genèse III:7.

Les exégètes contemporains en concluent que l'enjeu est ailleurs :

Lire la "Chute" avec Jacques Chopineau

Dans le Pentateuque de la Septante

Le verset est différent :

à  suivre

De ce fait, les penseurs contemporains ont tendance à  revisiter le concept de péché originel.

Lecture de René Girard : le péché originel comme accusation

Bien que R. Girard place sa lecture dans un cadre catholique, la croyance en Dieu n'est pas nécessaire pour adhérer à  son interprétation. Pour R. Girard, le Péché originel est une réalité tout à  fait actuelle, et non pas seulement « originel Â».

Dans le mécanisme de fondation social qu'il décrit dans sa théorie mimétique, il y a une violence qui retombe sur une victime, sinon innocente, du moins pas plus coupable que les autres participants. Le péché représente donc :

  1. le déchaînement de la violence, et surtout,
  2. l'accusation, la négation de la part des participants dans cette violence, imputée à  tort à  la victime.
  3. Accessoirement, la mise en place des tabous fondamentaux, avec là  encore l'imputation à  la victime de cet ordre.

La lecture du mythe de la tentation par R. Girard est donc conforme à  sa méthode et à  son intuition : tout puissance attribué à  une entité dans un mythe est le signe que cette entité a été victime d'une expulsion d'autant plus violente qu'elle apparaît plus puissante.
  1. Dieu est tout puissant, c'est donc que les humains l'ont expulsé d'une façon particulièrement sauvage. Sans doute, puisque Dieu est partout c'est à  dire qu'il n'est plus nulle part, le père a-t-il été tué et mangé : ainsi plus de trace.
  2. Adam (resp. Eve) est coupable non seulement de cet expulsion, mais aussi de sa négation avec accusation d'Eve (respectivement, du serpent)
  3. Le Serpent n'est rien dans l'histoire qu'un pauvre animal, exactement comme l'à¢ne de la fable Les animaux malade de la peste. Ce n'est que par suite de cette histoire de pomme[1] qu'il devient un agent particulièrement malin (dans les deux sens, d'intelligence et de méchanceté).
  4. la pomme[1] n'est rien, que le point focal d'une polarisation mimétique, un simple prétexte à  la violence alors même que les pommes étaient peut-être abondantes (comme les enfants peuvent se battre pour ce jouet même en présence de dix semblables). La pomme n'est qu'un rêve comme « l'or du Rhin Â» du mythe germanique n'est qu'un reflet de soleil sur les eaux.

Le péché est bien « originel Â», à  la fondation. Mais il reste actuel, car se reproduit à  chaque fois que nous reportons sur autrui, ou sur la nature, ou sur des chimères, la responsabilité des résultats (nuisibles ou positifs, d'ailleurs) de notre propre comportement. En particulier à  l'égard de Dieu lui-même.

Dans cette optique, s'il faut réduire le péché originel à  une seule notion simple, ce n'est ni la désobéissance à  l'ordre divin, ni la volonté de puissance, ni le manque de volonté par rapport à  la tentation, ni l'activité sexuelle, ni même, à  la limite, la violence ; c'est l'accusation. Satan, c'est l'accusateur, c'est l'incarnation à  l'intérieur de chacun de nous du péché originel, et non pas sa source extérieure. Cela donne à  R. Girard la méthode pour faire face : il ne faut pas « combattre Â» un ennemi extérieur, mais renoncer et supporter ce qui arrive.

note [1] Pomme : Genèse 2 à  4 ne comporte en aucun lieu la mention de la moindre pomme. On est donc fondé à  penser que René Girard s'exprime selon la terminologie du sens commun.

Lecture de Marie Balmary

Dans Abel ou la traversée de l'Eden c'est à  une lecture psychanalytique des premières pages de la Bible que nous invite l'auteur. Mais peut-on interpréter les textes bibliques comme on interprète un rêve en psychanalyse ? Le récit mythologique est conçu comme le rêve collectif de la société qui le produit. Il faut toutefois revenir inlassablement au texte lui-même, un texte examiné dans sa langue originale et dans ses moindres détails et pour n'en manquer aucun (Un mot omis, un accord grammatical insolite, une lettre ajoutée, l'étymologie d'un nom propre) la lecture à  plusieurs est favorable à  ce que rien ne soit négligé. Alors se révèlent au lecteur des significations insoupçonnées, le texte reprend vie. Adam, Eve, Caà¯n, Abel... nous font pénétrer dans des histoires de famille, o๠se nouent, se dénouent, se faussent les relations de parenté, o๠se joue l'avènement d'un sujet humain. La relation à  Dieu s'y trouve naturellement impliquée. « Traverser l'Eden Â», traverser le jardin, c'est affronter l'épreuve, telle celle de la naissance, à  travers laquelle peut se constituer une humanité digne de ce nom. Une telle lecture remet évidemment en question certaines idées reçues, certaines images de Dieu.

Dans le chapitre La faute introuvable, elle relit le passage de la vie d'Adam et Eve, depuis Genèse I:27 jusqu'à  Genèse IV:16, c'est à  dire juste avant l'introduction d'un nouveau personnage. Son premier objectif était de répondre à  la question souvent posée par l'enseignement traditionnel sans qu'il lui donne la moindre réponse : « Pourquoi le dieu de la Genèse refuse-t-il l'offrande de Caà¯n alors que celle d'Abel est agréée ? Â» En quelque sorte, le dieu peut-il être arbitraire ?

Chemin faisant, après avoir défriché chacun des dialogues, en particulier,

  • celui d'Adam avec le dieu, (Genèse II)
  • celui d'Eve et du serpent, (Genèse III)
  • celui de Caà¯n et du dieu (Genèse IV),
elle constate que dans 2 de ces dialogues, les récits bibliques reprennent le schéma classique des mythes fondateur o๠le héros du récit doit affronter un monstre de l'autre sexe, pour parvenir à  son accomplissement. Dans le cas d'Eve, il s'agit du Serpent, compris comme la puissance du dieu. En effet, jusqu'ici, dans l'ensemble du récit, n'existe de parole que celle du Dieu et celle de son image Adam. Eve accède à  la parole dans son dialogue avec le serpent (le seul animal signalé comme parlant) décrit comme l'animal le plus avisé que Dieu ait créé. Par là  même, elle accède à  l'humanité. Alors, Eve vit que l'arbre était bon à  manger et agréable à  la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence. La colère du dieu, en Genèse III:19 ne lui semble pas relever de la malédiction du fait du verset Genèse III:21 : « L'Éternel Dieu fit à  Adam et à  sa femme des habits de peau, et il les en revêtit. Â» Et que le mot faute n'apparaît qu'en Genèse IV:7 dans le dialogue entre Caà¯n et le dieu. Marie Balmary en tire l'idée que le je de l'humain naît du dialogue, i.e. de la constitution du couple je/tu qui n'existe pas avec le Transcendant avec lequel Adam entretient une relation fusionnelle analogue à  celle de l'enfant en cours de gestation.

Elle est alors à  même de répondre à  la question initiale : « Pourquoi le dieu de la Genèse refuse-t-il l'offrande de Caà¯n alors que celle d'Abel est agréée ? Â» En scrutant le passage Genèse IV:1-7 Elle constate :

  • Que la coupure en versets (inventée par Robert Estienne en 1533) ne rend pas justice au récit
  • que la ponctuation introduite dans les traductions ne rend pas compte des articulations du récit
En effet, deux interprétations sont possibles du verset Genèse IV:5 : Soit, en effet, le dieu ne porte pas un regard favorable sur les offrandes, Soit, le récit prend en charge l'idée que Caà¯n se fait des évènements, auquel cas, il exprime le soupçon de Caà¯n que le dieu serait arbitraire.

Les théologies traditionnelles ne transmette que cette idée que le dieu serait arbitraire alors que dans le texte hébreu, rien ne détermine cette option. En effet, Le verset Genèse IV:6 montre que Caà¯n n'est pas abandonné du dieu qui fait la démarche de s'adresser à  lui et de lui proposer un choix éthique au verset Genèse IV:7. C'est là  que le mot hattat qui signifie faute apparaît pour la première fois dans la Bible sous la forme d'une menace possible (la faute est tapie à  ta porte) selon qu'il se fera ou non confiance ( tu relèveras ton visage). Le passage que nos bibles rendent par si tu agis bien n'est pas dans le texte. Au verset 8, Caà¯n tue Abel. On en conclut qu'au lieu de prendre en compte la question qui lui est posée, Caà¯n a préféré croire en son soupçon à  deux versants :

  • que le dieu est arbitraire,
  • que le sacrifice d'Abel est plus efficace.

Elle en conclut que le péché originel n'est pas dans ce que l'homme fait, non plus qu'intrinsèquement lié à  sa nature mais dans ce qui le menace.

théologie féministe

La théologie féministe a fait un sort à  ce passage biblique. Voici quelques glanes des erreurs contenues dans les traductions habituelles qui portèrent la misogynie religieuse. Etant bien entendu que le péché originel fut vite compris comme la faute d'Eve, on tà¢cha de remonter dans le texte pour montrer combien celle-ci était prévisible et combien la subordination des femmes était nécessaire :

Voir aussi

Lire aussi

  • Marie Balmary, Abel ou la traversée de l'Eden,...
  • Marie Balmary, La divine origine,
  • Jean Delumeau, Le péché et la peur, La culpabilisation en Occident, Paris 1983.
  • Lanza del Vasto, Les quatre fléaux, Paris 1959.



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