Vocation de philosophe
Pourquoi certaines personnes se passionnent-elles pour la philosophie, alors que d'autres semblent la mépriser ? Les philosophes en donnent plusieurs explications, qui se retrouvent de Héraclite à Bertrand Russell en passant par Descartes. On peut retenir les points communs suivants :
A. Vivre sans philosopher, i. e. sans reflexion sur nos actes et sur le sens de nos valeurs, c'est ne pas vivre réellement ; l'idée de sommeil est fréquente, par exemple, pour Héraclite :
Les autres hommes ignorent ce qu'ils ont fait en état de veille, comme ils oublient ce qu'ils font pendant leur sommeil.
Et pour Descartes :
C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tà¢cher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher.
Le refus ou l'absence de la philosophie entraîne donc une vie d'ignorance,, une vie que l'on passe sans en prendre conscience. C'est un point important car le reproche de passer à cà´té se retourne parfois contre le philosophe. Ainsi Platon note-t-il que le philosophe est un être maladroit, car ses préoccupations ne concernent pas la vie quotidienne ; il est donc sans expérience, ignorant ce que les autres croient important. Il passe alors pour un homme peu sà»r de lui, et pratiquement pour un imbécile, ou au moins pour quelqu'un qui cherche à fuir ce monde par la recherche de vérités eternelles (cf. Théétète).
Mais pour le philosophe, vivre sans la pensée, ce n'est pas vivre.
B. Le point de départ de la vocation de philosophe est souvent décrit comme procédant de l'étonnement. De cet étonnement, plusieurs interprétations sont possibles :
- l'étonnement comme prise de conscience que l'on ignore quelque chose ; dans ce cas l'étonnement prend la forme d'une question. Par exemple: quel est le principe des choses ?
"C'est en effet l'étonnement qui poussa comme aujourd'hui les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l'esprit ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l'Univers. Or apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance (c'est pourquoi même l'amour des mythes est, en quelque manière amour de la sagesse, car le mythe est un assemblage de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c'est qu'évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour des fins utilitaires." (