Sophiste
Les mots sophiste et sophistique ont trois sens fort différents, qu'il vaut mieux ne pas confondre.
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2 La Première Sophistique 3 Le Sophiste selon Platon et la tradition philosophique 4 La Seconde Sophistique |
Trois types
On appelle sophiste ou sophistique...
La Première Sophistique
On peut considérer ce mouvement de deux points de vue :
Les Grecs faisaient la différence entre la sophrà´suné (sagesse-mesure/modération) et la sophia (sagesse-savoir). Parmi ceux qui s'intéressaient à cette dernière, il y eut d'abord les sophoi (sages, en particulier des Sept Sages), puis les philosophoi (chercheurs de sophia, philosophes). Entre les deux, se situent les sophistai (spécialistes de sophia, les premiers emplois du mot portent surtout sur un savoir technique, par ex. la musique). Sans pour autant former une école en soi, les membres de ce groupe avaient en commun plusieurs idées nouvelles. Au cours du Ve siècle, un certain nombre de sophistes, issus pour la plupart de cités périphériques ou de petite taille, parcourent la Grèce pour donner des leçons de sophia. Ces leçons sont payantes et même très chères, mais les sophistes promettent à leurs élèves (le plus souvent, de jeunes aristocrates) une rapide réussite. Au contraire du sophos ou du philosophos qui tendent à transformer leurs disciples en sophoi et philosophoi à leur tour, les sophistes ne veulent pas former des sophistai, mais, concrètement, des gens aptes à réfléchir, à prendre des décisions, à argumenter et à gouverner. Ils détournèrent leur attention des sciences et de la philosophie pour la porter sur des études plus pratiques, principalement la rhétorique, la politique et la loi, des habilités dont avaient besoin les jeunes Grecs afin d’assurer leur succès. Une partie de leur idéal éducationnel survit encore dans la notion moderne de « sophistication ». Ils encourageaient aussi une certaine connaissance des arts et métiers. Ils suscitent un grand engouement, mais aussi des réactions de la part de ceux qui estiment qu'ils sont des révolutionnaires. On ne possède que presque rien de leurs Å“uvres, sans doute parce que leur enseignement était payant : ils n'avaient pas intérêt à l'offrir librement au public.
Bien qu'on connaisse mal le détail des idées professées par les sophistes, il y avait certainement de grandes différences de l'un à l'autre. Cependant, ils semblent tous avoir travaillé dans les directions suivantes :
Le Sophiste selon Platon et la tradition philosophique
Les reproches de Platon (dans la bouche de Socrate) :
- les sophistes font payer leurs leçons comme d'autres maîtres de techna௠(sculpteurs, potiers, etc.), alors que la sagesse (sophia, voir plus haut) ne peut être ravalée au rang de technè et que la faire payer, c'est la corrompre.
- les sophistes sont amoraux, puisque leur enseignement peut servir tout aussi bien à donner des armes à l'injustice, alors qu'ils prétendent donner à leurs élèves une éducation.
- les sophistes manipulent le langage et préfèrent à la vérité l'efficacité.
Le sophiste, type philosophique :
- Le sophiste est celui qui profite des ambiguà¯tés du langage pour produire des raisonnements d'apparence logique, mais qui contiennent des vices cachés. On parle de discours sophistiqué ou de sophisme. Les principaux types de sophismes ont été catalogués par Aristote dans sa Rhétorique, o๠il les définit comme des « semblants d'enthymèmes » (on traduit d'habitude par « enthymèmes apparents », mais ce n'est pas une bonne traduction : ce ne sont pas des enthymèmes, ce sont des raisonnements qui ont l'air d'être des enthymèmes).
La Seconde Sophistique
- C'est le polygraphe Philostrate qui, au début du IIIe siècle après J.-C, dans ses Vies des sophistes, a inventé l'expression de « seconde sophistique ». Plutà´t qu'une définition chronologique (la seconde vient après la première), il s'agissait en fait d'une définition logique (seconde parce qu'il en existe déjà un autre type). Mais, comme les sophistes évoqués par Philostrate sont tous du IIe siècle, les historiens modernes de la rhétorique ont tendance à la cantonner à cette période.
- Le sophiste de la S.S. est d'abord un professeur de rhétorique : il a pour élèves des adolescents à l'à¢ge oà¹, aujourd'hui, on fréquente le lycée et les classes préparatoires. Outre ses leçons, il compose des manuels techniques, des recueils de sujets à traiter, avec ou sans correction (comme nos Annales du Bac), des modèles de discours.
- Le sophiste a aussi un rà´le de porte-parole de sa cité : il compose et prononce des discours lors des grandes occasions (visite d'un grand personnage, en particulier de l'empereur, fête solennelle, ambassade auprès de l'empereur ou auprès d'une autre cité, remerciement à un bienfaiteur, éloges...). Il peut aussi jouer le rà´le de conseiller auprès de sa cité en composant des discours qui prà´nent telle ou telle politique, telle réforme, qui dénoncent tel défaut.
- Enfin, en partie à titre publicitaire (pour conquérir des élèves), le sophiste se déplace souvent pour donner des échantillons de son art en des séances publiques dans d'autres villes que celles qu'il habite. On le reçoit parfois comme une vedette de la chanson d'aujourd'hui. Le sommet de carrière auquel peut prétendre un sophiste est d'être remarqué par l'empereur, auprès duquel il pourra jouer les mêmes rà´les qu'auprès d'une cité : éloges et conseils, mais il vaut mieux éviter les reproches. Cependant, les sophistes ont étudié et développé les divers moyens de faire entendre des remarques peu flatteuses sans fà¢cher l'auditeur.
- Certains historiens de la rhétorique parlent encore d'une « Troisième Sophistique » pour distinguer les sophistes du IVe siècle et du Ve siècle après J.-C. de leur prédécesseurs. Dans l'empire désormais chrétien et plus bureaucratique, leur influence est en effet moins grande que pendant le Haut Empire, parce qu'ils sont en concurrence avec les légistes, les bureaucrates et les évêques. D'autre part, ces sophistes tardifs semblent davantage préoccupés de morale.
- Sophistes célèbres : Hérode Atticus, Dion de Pruse (ou Chrysostome), Aelius Aristide, Fronton (latin). Pour la Troisième Sophistique, on peut citer Libanios, Himérios, Thémistios (mais c'est aussi par ailleurs un philosophe), Chorikios.
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