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Styles calligraphiques chinois



Article principal :
Sinogramme

Aspects graphiques :
─ Composition graphique
─ Radicaux et clefs
─ Types de caractères
─ Histoire et styles calligraphiques
─ Variantes graphiques
─ Caractères traditionnels et simplifiés

Aspects linguistiques :
─ Langues asiatiques à  sinogrammes
─ Son et sens des caractères
─ Dictionnaires de caractères

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Bibliographie

En calligraphie chinoise, ou 書法 shÅ«fǎ, les sinogrammes peuvent être tracés différemment, selon cinq grands styles historiques. Tous se tracent normalement au pinceau. Ces styles sont intrinsèquement liés à  l'histoire de l'écriture chinoise.

Sommaire
1 Style sigillaire 篆書 zhuà nshÅ«
2 Style des scribes 隸書 là¬shÅ«
3 Style régulier 楷書 kǎishÅ«
4 Style courant 行書 xà­ngshÅ«
5 Style d'herbe 草書 cǎoshū
6 Les dictionnaires de styles

Style sigillaire 篆書 zhuà nshÅ«

Le plus ancien des styles (il trouve son apogée sous la dynastie 秦 Qà­n, 221-206 avant notre ère), il correspond à  une adaptation des caractères tels qu'ils étaient gravés, et non peints, sur le bronze ou la pierre. Les lignes sont fines et pointues aux extrémités, la courbe n'est pas exclue, la forme des caractères est assez libre : ce type de tracé, en effet, ne suit pas les contraintes dont on parle ailleurs et qui sont essentiellement dues au pinceau. Les caractères sont encore très proches du dessin et du pictogramme : leur forme ne peut pas toujours être déduite du tracé actuel car ce sont là  les formes anciennes, qui ont subi nombre d'altérations au cours du temps pour arriver aux tracés actuels. Il faut donc apprendre individuellement leur tracé et leur lecture n'est pas possible au profane qui ne connaîtrait que les graphies actuelles.

On peut distinguer deux types de caractères sigillaires : le grand sceau 大篆 dà zhuà n et le petit sceau 小篆 xiǎozhuà n. Le premier est le plus ancien, irrégulier et moins soigné. Il remonte au IXe siècle avant notre ère et découle directement caractères archaà¯ques, 甲骨文 jiǎgǔwén (sous la dynastie 商 Shāng) et 金文 jÄ«nwén (sous les 西周 XÄ« Zhōu, Zhōu Occidentaux), respectivement « écriture oraculaire sur os Â» et « écriture sur bronze Â», principalement gravées sur les carapaces de tortues destinées à  la scapulomancie et les bronzes liturgiques. Ce sont les premières attestations écrites réelles chinoises. On en voit des exemples dans la partie consacrée aux types de caractères, section « pictogrammes Â». Il ne faudrait pas croire que le grand sceau et les caractères archaà¯ques ne font qu'un : le grand sceau est le type de tracé le plus ancien encore utilisé et non la plus vieille écriture chinoise.

Le second, le petit sceau, est une standardisation et une perfection du grand sceau datant des 秦 Qà­n, dont le modèle est dà» à  au Premier ministre de 秦始皇帝 Qà­n Shǐ Huà¡ngdà¬, 李斯 Lǐ SÄ« (vers 200 avant notre ère). Le petit sceau, remplacé par des styles plus simples et plus réguliers, est sorti des usages sous les æ¼¢ Hà n (de 206 avant notre ère à  220 avant notre ère), avant de devenir un style purement calligraphique solennel sous les 唐 Tà¡ng (618-907 de notre ère), tracé au pinceau ou gravé sur les sceaux (d'o๠son nom actuel). Le grand sceau, quant à  lui, n'est plus étudié que par les historiens et les historiens de l'écriture.

Voici les cinq premiers caractères de la première colonne (en partant de la droite) de l'illustration ci-dessus, une œuvre du calligraphe, poète et graveur de sceaux 山杉 Shānshān, en caractères actuels, à  titre de comparaison : 松下問童子 sōng xià  wèn tà³ng zǐ, extrait d'un poème de 賈島 Jiǎ Dǎo, poète 唐 Tà¡ng : à€Œå°‹éš±è€…ä¸é‡à€Xàºn yǐn zhě bຠy๠(à€ la recherche d'un ermite, sans le rencontrer).

Style des scribes 隸書 là¬shÅ«

Au fur et à  mesure que l'administration chinoise s'affermissait sur le pouvoir de l'écrit, il est vite apparu que les caractères sigillaires, complexes et peu réguliers, étaient un frein à  la rapidité de saisie écrite et à  l'apprentissage de l'écriture. C'est pour les fonctionnaires, les scribes, que ─ selon la tradition ─ 程邈 Chéng Miǎo, directeur de prison sous la dynastie 秦 Qà­n (221-206 avant notre ère), aurait créé un style plus simple à  tracer à  partir du sigillaire, style qui suit des contraintes graphiques déterminées. Il a ainsi concouru au développement de l'apprentissage et à  l'amélioration de la notation des documents administratifs. C'est pour ces raisons que l'on attribue ce style aux fonctionnaires (ou scribes). Il devient très courant sous les æ¼¢ Hà n, en concurrence avec la sigillaire, qu'il remplace complètement (sauf en calligraphie) entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère.

Il se caractérise par des attaques de traits épaisses avec pointe cachée (on ne voit pas la traînée initiale et finale du pinceau). Les traits sont carrés, aplatis dans leur partie médiane, espacés et tendent à  déborder sur les cà´tés. Au cours du IIe siècle de notre ère, sous les 東漢 Dōnghà n, Hà n Orientaux, le perfectionnement du pinceau amène les calligraphes à  donner plus d'ampleur aux traits, notamment en ajoutant des ondulations et en étirant les horizontales.

Ce style est remplacé rapidement, dès le IIIe siècle de notre ère, par la régulière. On a cependant continué à  l'utiliser, et on le fait encore, en calligraphie. Il donne à  la composition une allure digne, sentencieuse et majestueuse. On le rencontre donc, outre en calligraphie, principalement pour des slogans, des citations illustres et des titres.

L'exemple ci-dessus reprend mot à  mot le texte du poème en sigillaire de 賈島 Jiǎ Dǎo. Ce n'est pas l'œuvre d'un calligraphe mais un texte passé par une police de caractères spécifique.

Style régulier 楷書 kǎishÅ«

C'est toujours sous les æ¼¢ Hà n, au cours du IIIe siècle de notre ère, qu'apparaît ce style, considéré comme une amélioration et une rationalisation du style des scribes. C'est l'écriture standardisée, ou 正楷 zhèngkǎi, qui trouve son apogée sous les 唐 Tà¡ng (618-907 de notre ère), dont les calligraphes fixent définitivement la structure et la technique de tracé. Le besoin d'une écriture simple, le plus lisible possible, très régulière, répondait aux nécessités de centralisation du pouvoir. Cette écriture, vecteur de l'administration, a donc aussi participé, par sa stabilité, à  l'hégémonie du pouvoir impérial, à  tel point que jusqu'aux simplifications de 1958 pratiquées en République populaire de Chine, elle n'avait jamais été retouchée ni modifiée.

Stylistiquement, elle se caractérise par le respect des contraintes de tracé évoquées plus haut : une grande stabilité (aucun caractère ne déborde du carré virtuel), l'abandon définitif des courbes directes et des angles aigus de l'écriture des scribes pour un compromis plus doux, la possibilité de n'utiliser qu'un nombre défini de traits fondamentaux, des horizontales montant discrètement de la gauche vers la droite et une modification des techniques d'attaque des traits. Il existe deux variantes du style régulier : la grande et la petite régulières, respectivement 大楷 dà kǎi et 小楷 xiǎokǎi. Les différences entre les deux tiennent surtout à  la technique du pinceau : en petite régulière, les attaques sont moins complexes, plus coulantes et le tracé général est plus souple, moins rigide qu'en grande régulière, qui reste la plus courante des deux variantes.

C'est en régulière que l'on apprend actuellement le tracé des caractères et que l'on écrit couramment quand on s'applique. Le style régulier est très proche des caractères imprimés, dont on a dit qu'ils étaient parfois très légèrement différents des caractères manuscrits.

L'illustration ci-dessus est une nouvelle calligraphie de 山杉 Shānshān. Il s'agit d'un poème de 賀知章 Hè ZhÄ«zhāng (659-744), à€Œå›žé„‰å¶æ›¸à€, Huà­ xiāng ǒu shÅ« (Journal fortuit d'un retour au village natal). Il n'y aurait aucune raison d'en donner le texte, celui-ci, dans le style régulier, étant parfaitement accessible à  tout lecteur du chinois.

Style courant 行書 xà­ngshÅ«

Comme son nom l'indique, ce style, né encore une fois sous les æ¼¢ Hà n, à  la fin de la dynastie orientale (25-220), est une forme double : elle est rapide (les caractères « courent Â») et usuelle (« courante Â»). C'est une « déformation Â» par simplification du tracé de la régulière. C'est pour ces raisons qu'elle est la plus utilisée de nos jours pour l'écriture manuscrite de la vie quotidienne. Elle n'est cependant pas ignorée de la calligraphie, loin de là , et n'est pas considérée comme une forme abà¢tardie de la régulière : elle possède en calligraphie ses propres contraintes.

On estime que son créateur serait 劉德昇 LiຠDéshēng, des æ¼¢ Hà n Orientaux. La perfection de ce style est cependant due à  çŽ‹ç»ä¹‹ Wà¡ng Xià nzhÄ« (344-348) ainsi qu'à  çŽ‹ç¾²ä¹‹ Wà¡ng XÄ«zhÄ« (321-379), son père, l'un des plus célèbres calligraphes chinois, tous deux sous la dynastie des 東晉 Dōngjà¬n, Jà¬n Orientaux (317-420 de notre ère).

Tracée de la pointe du pinceau ou avec un stylo, elle reste très lisible, rapide à  écrire et facilement déchiffrable. Elle ne nécessite pas forcément un apprentissage séparé de la régulière car si c'est une graphie quasi cursive, les réductions subies par les caractères restent logiques : ce sont des stylisations des unités fondamentales naissant naturellement du pinceau ou du stylo quand celui-ci ne quitte plus la feuille pour un nouveau trait, lesquels se rejoignent donc plus souvent qu'en régulière. De même, les attaques des traits sont plus simples et directes (la pointe du pinceau ne pratique pas les retours en arrière caractéristiques de la régulière).

L'exemple présenté ci-dessus est un fragment de brouillon préparatoire à  une calligraphie de la peintre et calligraphe Iris Yawen Hsu (徐雅雯, XຠYǎwén). Tracé sans prétention, il illustre bien le caractère fluide et abrégé de ce style, qui reste cependant parfaitement lisible. Les trois caractères sont, de haut en bas, 風 fēng, 萬 wà n et 里 lǐ.

Style d'herbe 草書 cǎoshū

Dernier des styles calligraphiques, aussi nommée cursive ou écriture folle, c'est sans doute le plus frappant. Son nom peut être compris de plusieurs manières : soit c'est une écriture agitée comme l'herbe (c'est un des sens de 草 cǎo) dans le vent, soit elle est destinée à  des usages éphémères, comme le brouillon (autre sens possible de 草), à  la façon de la paille. Loin d'être une forme sténographique née de la précédente, c'est un type d'écriture à  part entière. Le tracé des caractères ─ lesquels apparaissent fortement déformés, semblent formés sans contraintes apparentes, sont souvent liés entre eux et s'éloignent souvent du carré virtuel ─  repose sur des formes tachygraphiques empruntées autant au sigillaire, au style des scribes qu'à  la régulière. Il existe, de plus, de très nombreuses variantes, selon les époques et les calligraphes. La lecture et l'écriture de ce style sont donc réservées aux calligraphes et aux spécialistes érudits.

L'histoire de ce style, qui a subi de nombreuses modifications, est complexe. On distingue deux cursives historiques principales, la 章草 zhāngcǎo, « cursive des sceaux Â» et la 今草 jÄ«ncǎo, « nouvelle cursive Â». La première, dont les premières attestations remonteraient aux Royaumes Combattants, 戰國 Zhà nguà³, 475-221 avant notre ère, et qui a été perfectionnée sous les æ¼¢ Hà n, dérive du style des scribes et de la sigillaire. La seconde, créée encore une fois sous les æ¼¢ Hà n au IIe siècle de notre ère, est une modification de la zhāngcǎo elle-même. Si les caractères de la première cursive sont encore séparés les uns des autres et relativement réguliers, ceux du deuxième style prennent plus d'indépendance, allant vers le brouillage complet des limites entre traits et caractères eux-mêmes. 王獻之 Wà¡ng Xià nzhÄ« et 王羲之 Wà¡ng XÄ«zhÄ« des 東晉 Dōngjà¬n, Jà¬n Orientaux (317-420 de notre ère), sont considérés comme les maîtres en la matière.

Ce style se caractérise principalement par un tracé très codifié des caractères, qui sont abrégés et réduits à  leur forme fondamentale et ne sont plus reconnaissables à  l'œil profane. Les réductions procèdent soit d'une simplification naturelle du trait, le pinceau ne quittant que rarement la feuille, soit de graphies sténographiques conventionnelles parfois très anciennes, lesquelles ont pu donner naissance à  certains des caractères simplifiés de la République populaire de Chine. Le calligraphe travaillant en style d'herbe ne trace cependant pas forcément les caractères plus vite que pour les autres styles : la rapidité est suggérée et décrite mais non recherchée en soi. Ce style, en effet, n'est maintenant que très rarement utilisé pour les brouillons : il demande une telle connaissance de l'écriture chinoise, de son histoire, et une telle maîtrise technique qu'il est principalement réservé à  l'art. De fait, bien que cursif, le style d'herbe se trace le plus souvent avec application.

On peut facilement parler d'art abstrait et d'idéalisation de l'écriture, celle-ci étant presque seulement esquissée, ses mouvements plus que ses tracés étant écrits. L'exemple ci-dessus est une calligraphie d'Iris Yǎwén Hsຠ(徐雅雯). C'est un extrait du 九歌 Jiǔ Gē (Neuf chants) de 屈原 QÅ« Yuà¡n (339 ?-278 avant notre ère) dont voici le texte en caractères réguliers (la calligraphie se lit bien sà»r en colonnes de droite à  gauche) : 帝子降兮北渚, 目眇眇兮愁予. 袅袅兮秋風, 洞庭波兮木葉下 (Dଠzǐ jià ng xÄ« běi zhǔn m๠miǎo miǎo xÄ« chà³u yàº. Niǎo Niǎo qiÅ« fēng, dà²ng tà­ng bō xÄ« m๠yè xià ). On remarque que, parmi les contraintes sténographiques (feintes), l'auteur a utilisé le caractère d'itération, à€…, servant à  ne pas répéter les caractères redoublés : on lit en effet çœ‡à€… dans la deuxième colonne (en partant de la droite) et è¢…à€…, en haut de la troisième colonne, au lieu de 眇眇 et 袅袅.

Les dictionnaires de styles

Pour aider le calligraphe autant que l'amateur, il existe des dictionnaires de styles, lesquels donnent pour chacun des caractères cités les cinq graphies (en fait six en comptant la graphie imprimée, qui peut de temps et temps différer légèrement de la graphie régulière). Voici, à  titre d'illustration, un extrait d'un tel dictionnaire (le 学生六体书法小字典, Xuéshēng li๠tǐ shÅ«fǎ xiǎo zǐdiǎn « Petit dictionnaire de caractères classés selon les six styles pour l'étudiant Â», édité par les 北京大学出版社 BěijÄ«ng dà xué chÅ«bǎnshè Presses universitaires de Pékin).

Dans l'image ci-dessus, les caractères, classé selon le pÄ«nyÄ«n sont cités, de gauche à  droite, dans la graphie courante non calligraphique, dans la graphie imprimée traditionnelle (consulter Variantes des sinogrammes). Ce dictionnaire venant de R.P.C., ses caractères sont, par défaut, simplifiés puis dans les cinq styles calligraphiques : régulière, courante, d'herbe, des scribes et sigillaire.