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Théories de l'évolution

L'évolution peut être décrite comme le processus par lequel les espèces se modifient par transformations successives à  partir d'autres organismes, et non pas par génération spontanée. L'idée de l'évolution s'est développée au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

Le but des théories de l'évolution est une tentative pour expliquer comment les espèces se sont transformés au cours du temps. Ces théories ont commencé par décrire l'évolution en tant qu'aspect de l'existence des êtres vivants (Lamarck et Darwin). Au cours du XXe siècle, la notion d'évolution a été étendue à  la totalité de l'univers, donc à  tous les organismes, depuis les particules sub-atomiques jusqu'à  la société humaine par des universitaires tels que Pierre Teilhard de Chardin, Julian Huxley, James Lovelock (hypothèse Gaà¯a) et David Deutsch, avec une fécondité inégale.

Sommaire
1 L'évolution, faits et théorie
2 La théorie de l'évolution
3 Quelques idées fausses sur la théorie de l'évolution
4 Une très belle image donnée par Richard Dawkins
5 Liens externes
6 Ouvrages sur le sujet

L'évolution, faits et théorie

L'évolution se fonde sur une observation  : beaucoup d'êtres vivants différents ont des points communs. Ce constat est appuyé par plusieurs témoignages :

  • Le témoignage anatomique : les différentes espèces, malgré des aspects extérieurs très différents, ont des plans d'organisation semblables. Par exemple, chez tous les mammifères, les membres sont organisés de la même façon : ceux d'une baleine, d'un lion, d'une chauve-souris ou d'un homme comportent les mêmes os, même s'ils sont utilisés pour des fonctions complètement différentes.

  • Le témoignage biologique : dans toutes les espèces vivantes, il existe une certaine variation - c'est-à -dire qu'on ne trouvera jamais, sauf cas exceptionnels, deux individus complètement identiques. Cette variation peut être de plus ou moins grande ampleur, mais elle montre en tout cas que les êtres vivants ne sont pas fixes. L'éventail de variations que présente une population vivante est le matériau de base avec lequel l'évolution peut construire des organismes de plus en plus différents (les éleveurs savent d'ailleurs faire évoluer artificiellement des lignées, et cela depuis plus de quatre mille ans).

  • Le témoignage génétique : quels qu'ils soient, tous les êtres vivants fonctionnent selon les mêmes principes moléculaires (ADN, ARN, protéines...), et, qui plus est toujours enroulé dans le même sens. Ils utilisent également le même code génétique. Des études effectuées à  ce niveau ont montré que les différences entre les espèces et les variations entre individus au sein d'une même espèce ont une seule et même base : des variations dans la séquence des gènes et la structure des chromosomes, dues à  des mutations et à  des réarrangements chromosomiques qui se produisent occasionnellement. Ces événements, qui fabriquent des individus dont les gènes sont différents de ceux de leurs parents, sont certes rares et - comme une coquille d'imprimerie - plus souvent nocifs qu'utiles, mais suffisent pour à  introduire la variation et faire avancer l'espèce, puisque seules les modifications utiles (ou au pire neutres) se transmettront : les nuisibles disparaîtront d'elles-mêmes par pression de sélection sur ceux qui les portent (voir Malthus).

  • Le témoignage paléontologique : les fossiles des êtres vivants disparus montrent nettement comment la vie a évolué depuis son apparition (située il y a 3, 5 milliards d'années). On connaît de nombreuses espèces appelés intermédiaires entre différents groupes (comme l'Archaeopteryx, qui serait une forme de transition entre les reptiles et les oiseaux, ou le Rhodocetus dont l'anatomie semble se situer entre celle des mammifères terrestres et celle des baleines).

  • L'embryologie : Chez les chordés par exemple, on retrouve les mêmes phases précoces lors du développement embryonnaire. Les mammifères acquièrent et perdent une queue post-anale, des branchies pharyngiennes et une notochorde, alors que les oiseaux, les reptiles et les amphibiens les conservent. On dit parfois (abusivement) que l'histoire de l'évolution d'une espèce est revécue lors de son développement embryonnaire, que l'ontogénèse retrace la phylogenèse. En fait, ce n'est vrai que partiellement, et parfois au contraire c'est une forme nouvelle qui est proche de la forme embryonnaire d'une plus ancienne : le noveau-né humain ressemble de façon étonnante au foetus de chimpanzé. L'axolotl est une forme de vie qui perpétue la forme embryonnaire d'une autre. Les informaticiens reconnaissent là  un processus connu qui est celui de backtracking : exploration de tous les possibles à  partir de situations antérieures existantes, en ne remettant en cause que les dernières étapes.

Si l'on peut constater objectivement ces observations, il faut également expliquer l'origine des espèces. La théorie de l'évolution est, comme son nom l'indique, une construction intellectuelle. Elle est comme telle susceptible d'être renouvelée et est en permanence soumise à  des controverses.

Elle a aujourd'hui fort peu de chance d'être inexacte; en revanche, on ne peut encore la considérer comme complète, et chaque décennie apporte des éléments permettant de la raffiner : ADN mitochondial, gènes architectes, rà´le des prions... Des controverses existent sur tel ou tel point de détail, comme l'existence ou non d'équilibre ponctués (voir Stephen Jay Gould, Richard Dawkins...).

Comme toute théorie scientifique, elle est susceptible elle-même... d'évolution.

La théorie de l'évolution

Historique

La première théorie de l'évolution authentique est due à  Jean-Baptiste de Lamarck, qui publie en 1809 sa Philosophie zoologique. En résumé, il soumettait l'idée de l'hérédité des caractères acquis. S'il ne reste plus grand-chose de cette théorie actuellement, on peut reconnaître à  Lamarck le mérite d'avoir fondé l'évolutionnisme moderne. En 1859, Charles Darwin, un naturaliste anglais, publie De l'origine des espèces. Il y reprend les idées de Lamarck tout en les critiquant et en les modifiant. Darwin ajoute surtout une foule de preuves en faveur de l'idée d'évolution et propose pour la première fois le mécanisme de sélection naturelle; mais il ne remet pas en cause, en tout cas lors des premières éditions, l'idée de conservation héréditaire des caractères acquis.

à€ la fin du XIXe siècle, le moine autrichien Gregor Mendel découvre les lois de la génétique avec ses célèbres expériences des petits pois (dont des tests statistiques de chi2 suggèreront au XXème siècle que l'auteur leur a donné un petit coup de pouce). En 1910, le biologiste DeVries découvre les mutations et les propose en tant que mécanismes de l'évolution. Dans les années 1930, des biologistes comme Thomas Hunt Morgan font beaucoup progresser la génétique, notamment grà¢ce à  l'étude des chromosomes de la drosophile (Drosophila melanogaster ou mouche du vinaigre) qui portent les gènes.

Dans les années 1940, quelques pionniers (Theodosius Dobzhansky, Ernst Mayr, George Simpson et Julian Huxley) fondent la TSE, ou Théorie Synthétique de l'Evolution. Comme son nom l'indique, celle-ci est destinée à  synthétiser et à  englober dans une vision d'ensemble les données accumulées séparément par la génétique, la biologie et la paléontologie. Simultanément, un embryologiste autrichien, Richard Goldschmidt, propose sa théorie du monstre prometteur.

Au cours des années suivantes, la TSE s'imposera plus ou moins sérieusement dans le monde scientifique. Elle subira d'importantes modifications dans les années 1970 ; le généticien japonais Motoo Kimura propose en 1970 la théorie neutraliste de l'évolution moléculaire, o๠il affirme que l'évolution, au niveau des gènes, doit au moins autant sinon plus au hasard qu'à  la sélection naturelle. En 1972, S. J. Gould et N. Eldredge publient leur théorie des équilibres ponctués, qui affirme combler une faille de la TSE : les paléontologues (comme Simpson) affirmaient en effet voir les espèces se transformer toujours très graduellement, et qu'on devrait trouver des fossiles correspondant à  toutes les étapes d'une spéciation. On peut représenter cette idée sur une graphique sous forme de courbe ou de droite. Le problème majeur est de définir sur quel point du graphique se situe les nouvelles espèces. Des biologistes (comme Mayr) pensaient que les apparitions de nouvelles espèces correspondaient à  des événements rares et ponctuels, que l'on peut représenter sous forme d'une escalier, les paliers étant pour les périodes o๠une population ne subit aucun changement. Pour Gould et Eldredge, ce sont les biologistes qui ont raison ; les paléontologues auraient en fait mal interprété les fossiles.

Enfin, dans les années 1980 et jusqu'à  nos jours, les travaux visant à  relier la génétique et l'embryologie réhabiliteront certains aspects de la théorie du monstre prometteur de Goldschmidt.

La théorie moderne de l'évolution

Quelques idées fausses sur la théorie de l'évolution

  • Lamarck et Darwin croyaient en l'hérédité des caractères acquis; ils pensaient par exemple que, si une girafe passait sa vie à  essayer d'étirer son cou, ses enfants naîtraient directement avec un cou plus long. Darwin mentionne même dans la première édition de L'origine des espèces le "effets cumulatifs du dressage" de génération en génération. Cependant, on sait aujourd'hui que les gènes ne peuvent être modifiés naturellement que par des mutations aléatoires, et que les effets de l'apprentissage ne se transmettent pas, excepté dans une certaine mesure par l'observation.
  • Lamarck, Teilhard de Chardin ou Pierre-Paul Grassé, un zoologiste français, pensaient que l'évolution était dirigée par une "force complexificatrice" : ce point de vue est appelé orthogenèse. Cependant, l'évolution buissonnante de la plupart des lignées, comme l'arbre de la vie dans son ensemble, montre que la transformation des êtres vivants a rarement ressemblé à  une marche linéaire et orientée vers le progrès - ni même vers un "optimum" quelconque. Dans certains cas, la sélection naturelle a pu canaliser certaines tendances, mais cela ne correspond pas à  un principe général.
  • Selon la théorie de la récapitulation, dont la formulation la plus complète est due à  Ernst Haeckel (début du XXe siècle), chaque être vivant, au cours de son développement, récapitulerait l'histoire évolutive de son groupe. La "série des embryons" et la "série des ancêtres", qui aboutissent toutes deux au même individu, devraient être identiques. Cependant, cette théorie s'est révélée empiriquement fausse et n'est justifiée par aucun mécanisme évolutif reconnu.
  • Il est tout aussi erroné d'adopter le point de vue "adaptationniste", selon lequel chaque caractère d'un être vivant pris isolément aurait été façonné par la sélection naturelle. Dans cette optique, tout devrait avoir une utilité adaptative. Or, nous avons vu qu'il existe des caractères neutres. De plus, les gènes sont parfois pléiotropes - c'est-à -dire qu'ils commandent plusieurs caractères à  la fois. Par conséquent, une mutation avantageuse aura souvent des conséquences sur d'autres caractères ; quand la mutation se répandra dans la population, ses "effets secondaires" se répandront avec elle, sans pour autant avoir la moindre utilité en eux-mêmes.

La théorie de l'évolution est un ensemble théorique complexe, qui ne cesse de donner lieu à  des débats et à  des modifications de nos jours. Si la théorie moderne permet d'expliquer la plupart des observations, il n'en reste pas moins qu'elle sera sans doute amenée à  être retouchée et perfectionnée dans l'avenir.

Une très belle image donnée par Richard Dawkins

Pour se trouver mille ancêtres différents, il faut remonter en arrière de quelques siècles (le calcul est un peu compliqué du fait des fréquents mariages entre parents éloignés). On estime aussi que la moitié au moins des enfants mouraient en bas-à¢ge avant le XIXème siècle.

Il est donc intéressant de se demander combien de ces mille derniers ancêtres sont morts en bas-à¢ge, et la réponse est bien entendu aucun, par définition. Nous ne sommes donc nullement représentatifs de l'humanité passée, car descendants d'une longue lignée de gens qui ont tous eu de la chance pour survivre, trouver un partenaire, et amener une progéniture à  l'à¢ge de la procréation. Une génération peut avoir de la chance. Quand une dizaine en a coup sur coup, on peut supposer qu'elle doit sa chance à  une série de facteurs qui se retrouvent de l'une à  l'autre. Cette considération à  elle seule montre que même à  notre échelle, nous avons participé un tout petit peu, sur les quelques derniers siècles à  l'évolution.

(Il convient de se rappeler aussi que dans le cas de l'homme les facteurs de survie ne sont pas seulement génétiques, mais également culturels)

Liens externes

Ouvrages sur le sujet

  • Chaline, J. (1999) Les horloges du vivant, Hachette
  • Chaline, J. & Devillers, C. (1989) La théorie de l'évolution, Dunod
  • Darwin, C. (1997, éd. or. 1859) L'Origine des espèces, Flammarion
  • David, P. & Samadi, S. (2000) La théorie de l'évolution, Flammarion
  • Dawkins, R. (1989) L'Horloger aveugle, Robert Laffont
  • Dawkins, R. (1996) Climbing Mount Improbable, Norton (anglophone)
  • Dawkins, R. (1996) Le gène égoà¯ste, Odile Jacob
  • Dennett, D. (2000) Darwin est-il dangereux ?, Odile Jacob
  • Devillers, C. & Tintant, H. (1996) Questions sur la théorie de l'évolution, PUF
  • Dorléans, P. (2003) Il était une fois l'évolution, Ellipses
  • Gould, S. J. (1982) Le Pouce du panda, Grasset
  • Gould, S. J. (1991) La vie est belle, Seuil
  • Gould, S. J. (1997) L'éventail du vivant, Seuil
  • Gould, S. J. (2002) The structure of evolutionary theory, Harvard University Press (anglophone)
  • Jacob, F. (1989) Le Jeu des possibles, Fayard
  • Le Guyader, H., dir. (1998) L'évolution, Belin/Pour la science
  • Lehman, J.-P. (1973) Les preuves paléontologiques de l'évolution, PUF
  • Zimmer, K. (2001) Evolution : the triumph of an idea, Harper Collins (anglophone)




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