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Variante contextuelle

Note : cette page contient des caractères qui ne sont pas nécessairement présents dans les polices de caractères courantes. Si vous constatez que certains sont remplacés par des carrés, des points d'interrogation ou autres, consultez la page Unicode pour régler facilement ce problème ().

Il existe, dans certaines écritures, des graphèmes qui n'ont pas une seule forme immuable mais qui s'adaptent selon leur position dans le mot, ou contexte. Ainsi, à  un graphème fondamental sont liés des allographes (sur le modèle d'allophone), qui n'ont pas le statut de graphèmes indépendants mais ne sont que des variantes contextuelles de ce graphème fondamental. De manière plus courante, on parle de ligaturess. En typographie, ce terme n'est cependant pas un synonyme.

On peut établir une comparaison avec le statut de certains sons en phonologie : l'allographe contextuel est au graphème ce que l'allophone combinatoire est au phonème.

Parmi les écritures les plus connues suivant ce principe, on trouve :

Sommaire
1 L'alphabet arabe
2 L'alphabet syriaque
3 L'alphabet hébreu
4 L'alphabet latin
5 L'alphabet ouà¯ghour
6 L'alphabet grec
7 Articles connexes

L'alphabet arabe

Dans l'alphabet arabe, chaque lettre possède quatre allographes, à  l'exception d'un petit nombre de lettres dont le tracé reste invariables. Chaque variante s'utilise dans un contexte précis dépendant de sa place dans le mot : à€ l'origine, l'alphabet arabe n'avait pas de telles variantes, qui sont nées des déformations impliquées par la graphie cursive, laquelle procède par des adaptations nécessaires à  la nécessité de ne pas lever le calame pour ne pas interrompre le trait. De simples variantes non pertinentes, les allographes ont ensuite acquis le statut de formes normées et obligatoires. On peut illustrer cela par le tracé d'une lettre, hāʾ (rappelons que l'arabe se lit de droite à  gauche).

Le processus ayant mené à  la différenciation des allographes est ici très clair et dépend entièrement de la nécessité de ne pas lever le calame : 
la forme fondamentale est celle de la graphie isolée : le calame trace une simple boucle fermée ;
  • lorsque la lettre apparaît en début de mot, le tracé commence comme pour une boucle mais ne peut se terminer une fois la boucle fermée : il doit repartir vers la gauche pour permettre la jonction avec la lettre suivante, d'o๠la boucle à  l'intérieur de la première bouche, restée plus ou moins inachevée (certains scripteurs la ferment moins que dans l'image présentée ici) ;
  • en milieu de mot, il n'est pas possible de tracer une boucle simple sans interrompre le trait. De la même manière que l'on trace un f cursif dans l'alhabet latin, on procède à  une double boucle. On aurait pu se contenter d'une boucle ne partant pas vers le bas, mais une telle graphie représentait déjà  une autre lettre ;
  • en fin de mot, la boucle est simplement reliée à  la lettre précédente.

  • L'apprentissage des allographes de chaque lettre peut sembler difficile. En fait, il est grandement facilité si l'on garde à  l'esprit qu'il ne s'agit que de respecter la contrainte de la cursivité : toutes les lettres (sauf six) d'un même mot doivent être liées et le trait doit revenir au niveau de la ligne de base pour permettre l'enchaînement. Il n'est donc pas possible de finir une lettre liée en haut ou en bas de cette lettre. La lettre ǧīm le montre clairement :

    Alors que la lettre est terminée, dans sa graphie fondamentale, par une large boucle basse ouverte revenant vers la gauche, cette boucle doit nécessairement être annulée dans les graphies liées pour permettre la jonction. Il ne reste donc que la partie supérieure de la lettre. Il n'est en effet possible ni de continuer le trait plus bas que la ligne d'écriture ni de continuer à  écrire sous cette lettre. On aurait sinon pu imaginer que la boucle fà»t fermée pour repartir à  droite. On remarque que les graphies initiale et médiane sont identiques : aucune adaptation supplémentaire n'est en effet nécessaire. Enfin, la graphie finale n'est qu'une forme reliée à  ce qui précède de la graphie fondamentale, la boucle pouvant rapparaître.

    L'alphabet syriaque

    [En préparation]

    L'alphabet hébreu

    L'alphabet hébreu emploie six variantes contextuelles finales. Le procédé est semblable à  celui de l'arabe, en bien plus simple (voir ci-contre). On remarque qu'il s'agit principalement d'une simplification du ductus, qui s'allonge. On sent là  un procédé semblable à  celui qu'on rencontre en grec. Ces variantes contextuelles sont obligatoires et se retrouvent dans la graphie cursive de l'alphabet.

    L'alphabet latin

    On peut comparer les procédés utilisés pour l'alphabet arabe à  la situation que connaît spontanément un scripteur utilisant l'alphabet latin quand il écrit dans une graphie cursive : il aura lui aussi tendance à  tracer les lettres différemment selon leur place dans le mot. Seulement, chaque scripteur peut développer ses propres variantes, lesquelles ne sont jamais pertinentes et ne sont pas normalisées. Écrire en détachant toutes les lettres n'est pas impossible. C'est d'ailleurs ainsi qu'on imprime depuis des siècles la majorité des ouvrages. Bien que maintenant sorties des usages ou lexicalisées, des variantes contextuelles normalisées ont cependant été utilisées.

    S long et s rond

    L'exemple le plus notable est celui du s, qui se traçait différement : s rond (notre s) en fin de mots, s long partout ailleurs :

    Le s long, issu de la demi-onciale latine (apparue vers le IVe siècle), s'est transmis à  toutes les écritures latines postérieures. Son utilisation, au départ, ne suivait pas des règles strictes. Simple variante du s, il pouvait d'ailleurs être utilisé seul et en toute position. Son tracé a beaucoup varié, selon l'écriture, sa localisation et le scribe. Au fur et à  mesure, cependant, il en est venu à  remplacer s dans toutes les positions sauf en finale. Cette convention s'est conservée dans l'imprimerie jusqu'au XIXe siècle, pendant lequel l'usage, déjà  fluctuant à  la fin du XVIIIe (dans un même ouvrage, les deux s pouvaient être utilisés en concurrence avec l's unique), se perd entièrement. Actuellement, des lecteurs non avertis confondent le s long avec un f.

    On peut lire plus haut, tel qu'imprimé en 1778, un extrait de l'épître dédicatoire du Calendrier de Paphos de Voltaire. On a tenté de reproduire fidèlement le document en en respectant la typographie (on peut noter l'utilisation d'une espace avant la virgule et l'utilisation d'un s court dans le patronyme Deshoulieres, comme s'il s'agissait de Des Houlieres) et l'orthographe (le placement et la nature des accents diffèrent d'avec les graphies actuelles).

    Le s long suivi d'un autre s pouvait s'écrire de plusieurs manières, au choix du typographe (et parfois sans grande cohérence), comme deux s longs ou avec un s long suivi d'un s rond, ce qui a pu aboutir à  la ligature àŸ (dont on croit, à  tort, qu'elle est limitée à  l'allemand, ce qui n'est vrai qu'actuellement).

    En France, bien que plus rare, cette ligature se rencontre en concurrence avec la forme sans ligature (on renvoie le lecteur désireux de plus de précision à  l'article traitant de ce sujet), jusqu'à  la disparition du s long. On la trouve par exemple dans La maniere de bien traduire d'une langue en aultre : d'advantage de la punctuation de la langue françoyse, plus des accents d'ycelle d'Étienne Dolet, édition de 1540 (profeàŸion, p. 3) ou dans les Euures de Louà¯ze Labé, Lionnoize, reuues & corrigees par ladite Dame de 1556, laquelle édition ne se montre pas très sytématique dans ses choix : page 9, on lit pouàŸé mais, juste en dessous paÅ¿Å¿er, lequel verbe est cependant écrit paÅ¿sé p. 4. De plus, si l'éditeur a employé la ligature Å¿t attendue (reÅ¿té, p. 4, eÅ¿toit p. 9), c'est cependant une ligature avec un s rond qui est parfois utilisée (festin, p. 9, estois p. 120) [dans ces citations, on n'a pas tenté de rendre les ligatures autres que àŸ pour des raisons de compatibilité avec les polices de caractères].

    Notons enfin que Corneille avait proposé de ne conserver l's long que lorsqu'il marquait l'allongement de la voyelle précédente, convention qui n'a pas été suivie et qui est décrite dans l'article Accent circonflexe en français.

    Voici des tracés possibles pour ces caractères :

    Souvent, le s long porte un redan à  gauche, qui le fait ressembler à  un f dont la barre serait incomplète.

    En allemand, surtout dans la graphie dite Fraktur, l'utilisation des deux s n'obéit pas seulement à  des contraintes contextuelles mais aussi morphologiques : le s rond est employé en fin de mot ou d'élément de mot composé, ce qui nécessite, pour écrire correctement, de connaître la langue. Ainsi, Wachstube (l'exemple est emprunté à  Yannis Haralambous dans Unicode et typographie : un amour impossible, document disponible en ligne), tel qu'il est écrit actuellement, peut être analysé et prononcé de deux manières :

    La graphie levait autrefois l'ambiguà¯té : Wach + Stube s'écrivait WachÅ¿tube tandis que Wachs + Tube s'écrivait Wachstube. L'utilisation d'un s long marquait la fin virtuelle d'un mot en composition (à  la manière du Deshoulieres de Voltaire dans le texte cité plus haut).

    Dans l'orthographe actuelle de cette langue, seule la ligature àŸ subsiste.

    Y, j, i, u et v

    [En préparation]

    X (-us)

    Dans les manuscrits médiévaux du français, on trouve souvent la lettre x utilisée comme abréviation pour la suite de lettres -us en fin de mots. Par exemple, ce qui est écrit chevax doit être lu chevaus [ʧəvaus], qui a évolué ensuite en [ʃəvo] (par monophongaison de [au] et simplification de l'affriquée [ʧ]). Cette habitude s'est ensuite perdue mais certains mots fréquents qui s'écrivaient au cas régime pluriel avec ce x (issu de plusieurs origines, dont la plus courante est la vocalisation d'un [l] devant consonne suivi de la désinence -s) l'ont conservé alors que leur graphie a été adaptée aux usages actuels.

    Par exemple, le mot cheval se déclinait, en ancien français, ainsi :

    Comme les formes à  s'être conservées sont celles du cas régime, les plus fréquentes, l'on a actuellement le couple suivant : (un) cheval ~ (des) chevaus. On écrit cependant ce pluriel (comme dans nombre de noms en -al de même origine), -aux par réfection analogique : x n'étant plus compris comme un raccourci pour -us, étant une consonne par ailleurs souvent muette en fin de mots (croix, voix), on a ajouté un u après le a pour faire correspondre la prononciation [o] avec le digramme habituel au. De fait, écrire chevaux revient à  écrire chevauus.

    L'alphabet ouà¯ghour

    En préparation

    L'alphabet grec

    On trouve en grec deux variantes contextuelles.

    Sigma

    Dans cette partie, l'on a employé comme caractère pour représenter le sigma « lunaire Â» la lettre C / c latine et non le caractère grec, qui n'est pas toujours présent dans les polices de caractères. Bien que les deux caractères n'aient normalement pas exactement le même tracé, ils sont très proches. Il suffira de substituer Ϲ / ϲ (U+03F9 et U+03F2) à  C / c (U+0043 et U+0063) pour obtenir une écriture correcte.

    La lettre sigma, σ [s], s'écrit obligatoirement ς en fin de mot.

    On note que cette variante n'existe pas en capitaless : en effet, le sigma final est la plus tardive des quatre variantes normalisées du sigma, lettre dont l'histoire :

    En conclusion, l'on obtient actuellement les couples suivants : Seuls Σ / σ / ς sont considérés non marqués. Il faut, de plus, bien noter que le sigma final ne s'emploie qu'en fin de mot et non de morphème : on pourra, dans un texte didactique, découper un mot en ses morphèmes. Dans ce cas, un sigma situé avant la coupe ne sera pas écrit avec sa variante finale. Ainsi :

    Bêta

    Dans la tradition philologique française exclusivement, le bêta, seulement en minuscule, ne se trace β qu'en début de mot. Ailleurs, il prend la forme bouclée ϐ : ΒΑΡΒΑΡΟΣ / βάρϐαρος bà¡rbaros, « barbare Â».

    Le bêta bouclé est emprunté à  la graphie cursive manuscrite. à€ ce titre, les Grecs peuvent tracer ainsi à  la main tout bêta, indépendamment de sa position. Aucun autre pays que la France n'utilise cette convention typographique.

    Articles connexes